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Actualité Société d'Histoire du Théâtre

Séminaire « Littérature et spectacles de curiosité » – 2017-2018

Séminaire de recherche 2017-2018
Patrick Désile, Valérie Pozner
CNRS THALIM/ARIAS
Labex TransferS

Le mercredi de 17h à 19h (2017) puis de 16 h à 18 h (2018)
INHA – Salle Fabri de Peiresc
2, rue Vivienne, 75002 Paris

 

Chateaubriand fait l’éloge du Panorama de Jérusalem de Pierre Prévôt, qu’il confronte à sa propre description de la ville dans l’Itinéraire ; Jules Janin ouvre L’Âne mort et la Femme guillotinée par le sombre récit du massacre d’un peccata par des dogues à la Barrière du Combat ; Nerval rend compte avec minutie du diorama Le Déluge, ce « mystère à grand spectacle » ; Gautier se fait le thuriféraire de ce « bon et brave cirque », comme Barbey d’Aurevilly, qui loue « le seul théâtre où la perfection soit de rigueur » ; Baudelaire intitule le chapitre des Paradis artificiels où sont décrites les visions du haschisch « Le théâtre de Séraphin » ; Flaubert convie George Sand à une représentation de la Tentation de saint Antoine, donnée par les marionnettes du père Legrain, à la foire Saint-Romain, à Rouen…

Il y a, tout au long du XIXe siècle, ce tropisme : des écrivains se tournent vers les spectacles généralement visuels que sont les spectacles de curiosité. Cette catégorie juridique est définie négativement : elle recouvre tous les spectacles qui ne sont pas reconnus comme des théâtres. Faut-il voir, dans cette illégitimité, la raison de la dilection qu’ils suscitent chez des écrivains désormais mages, mais marginalisés ? Ils s’identifient volontiers, en effet, aux illusionnistes et aux faiseurs de tours : « Le fond de ma nature est, quoi qu’on dise, le saltimbanque », écrit Flaubert à Louise Colet. Les Goncourt considèrent les artistes de cirque « avec un je ne sais quoi […] de sympathiquement apitoyé, comme si ces gens étaient de notre race et que tous, bobèches, historiens, philosophes, pantins et poètes, nous sautions héroïquement pour cet imbécile de public ». Et le Baudelaire du Spleen de Paris, qui vient de dédaigner la baraque du « vieux saltimbanque », voit en lui « l’image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur »…

Ce jeu d’identifications (qui vaudra aussi pour les peintres) a été souvent relevé, et il importe sans doute de l’interroger encore. Cependant, si c’est la plus apparente, ce n’est pas la seule façon dont la littérature et les spectacles de curiosité s’entrelacent. Toute une part de la littérature du XIXe siècle, celle des œuvres totalisantes, a ainsi pu être dite « panoramique », mais le roman, la poésie, l’histoire, le récit de voyage, certain théâtre ont, avec les spectacles optiques, de plus secrètes affinités.

Mais d’autres relations, et de différents ordres, qui pourraient être décrites, entre la littérature et le cirque, les spectacles des « jardins à divertissements » ou de la fête foraine, la danse et les bals, avec le café-concert, le théâtre de marionnettes ou le premier cinéma demeurent assez largement inexplorées. À cela, une raison, parmi d’autres peut-être : le secret mépris dont les spectacles de curiosité font l’objet, et la méconnaissance qui en procède.

Ce séminaire voudrait donc envisager dans leur complexité et dans leur diversité les relations entre la littérature et les spectacles de curiosité, en portant sur ces derniers un regard simplement historien.

 

Programme du séminaire

8 novembre 2017 | 17h-19h
« Marcel Proust, les spectacles de curiosité et le cinématographe »
Jean-Pierre Sirois-Trahan, professeur des universités, département des littératures, université Laval, Québec

13 décembre 2017 | 17h-19h
« Sur les traces du « Paris masqué ». Pourquoi et comment écrire l’histoire du travestissement festif au XIXe siècle ? »
Corinne Legoy, maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l’université d’Orléans

31 janvier 2018 | 16h-18h
« Montreurs de curiosités et boniments dans la littérature du XIXe siècle (Hugo, Malot, Vallès, Gautier) »
Agnès Curel, doctorante en études théâtres à l’Université Paris 3, ATER à l’Université de Caen

21 février 2018 | 16h-18h
« Poétiques de l’émerveillement scientifique. Féerie, magie et spectacle forain dans le récit d’anticipation »
Valérie Stiénon, maître de conférences en littérature française à l’université de Paris XIII

21 mars 2018 | 16h-18h
« Mélodrame et spectacles de curiosité : Les Deux orphelines ou le mélodrame achevé »
Bérengère Levet, doctorante à l’École Pratique des Hautes-Études et à l’Université de Montréal

11 avril 2018 | 16h-18h
« Matérialité de la chimère. Théophile Gautier et le monde sous cloche de verre »
Stéphane Tralongo, premier assistant à la section d’histoire et d’esthétique du cinéma de l’université de Lausanne

23 mai 2018 | 16h-18h
« Le spectacle magique et ses analystes : étude d’un discours réversible »
Frédéric Tabet, maitre de conférences en études cinématographiques à l’université de Toulouse 2- Jean Jaurès

13 juin 2018 | 16h-18h
« Les archives de la curiosité »
Pierre Taillefer, conservateur du patrimoine au ministère de la Culture

20 juin 2018 | 16h-18h
« Littérature et spectacles de curiosité. Synthèse et conclusion du séminaire.»
Patrick Désile, chercheur associé au CNRS ARIAS/THALIM

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