Expositions Virtuelles

Chère amie…
Une correspondance de Jacques Copeau et Pauline Teillon

Présentation

Jacques Copeau tient de nombreuses correspondances avec des personnalités du monde théâtral, tel que Léon Chancerel. Parmi elles, il est possible de retrouver une correspondance avec Pauline Teillon, sœur de Charles Dullin, qu’il a tenue entre 1911 et 1944. Jacques Copeau rencontre Pauline Teillon en août 1911, en Savoie. Elle devient son amie et sa confidente. Au travers de ses lettres, Jacques Copeau expose ses projets et ses rêves, ses fatigues, ses désillusions, ses voyages dans le monde entier avec les Copiaux.

Le 21 mars 1913, Jacques Copeau dévoile ainsi à Pauline Teillon son projet d’ouvrir un théâtre, son rêve, tel qu’il le nomme dans la lettre du 13 avril 1913 : « La réalisation d’un vieux rêve, d’un grand rêve ».

Le Vieux-Colombier ouvre ses portes le 15 octobre 1913. « Ma grande idée, vois-tu, est de réunir autour de moi des éléments de premier choix, des cœurs et des caractères d’élite, pour arriver à une unité d’effort qui nous donnera une forme formidable et fera dans dix ans de notre théâtre le premier théâtre d’Europe », écrit-il le 28 septembre 1915.

L’année suivante, il a un nouveau projet. Celui d’ouvrir sa propre école. Mais il doit le laisser de côté puisqu’il est choisi pour une mission culturelle à New-York, où il connaît un succès : « Le Vieux-Colombier recueille ma nouvelle gloire sur l’autre continent », écrit-il le 19 janvier 1918.

Jacques Copeau parle souvent à Pauline Teillon de sa relation avec son frère, Charles Dullin, avec qui il rompt en 1918, comme il l’écrit le 20 décembre 1918 : « Charles a complètement changé, je crois qu’il ne m’aime plus du tout, du tout car il m’a complètement fermé son cœur ». Dans une autre lettre du 15 juillet 1919, il revient sur sa décision de le congédier de la troupe : « Pourquoi je l’ai renvoyé ? Uniquement parce qu’il avait cessé d’être mon ami et que son mauvais esprit était au sein du théâtre ».

Jacques Copeau exprime à Pauline Teillon, le 19 novembre 1922, son souhait d’agrandir son théâtre : « Je suis engagé dans un pour parler pour avoir l’an prochain un théâtre plus grand ». Cependant, le 21 août 1924, très fatigué, il lui annonce sa décision de quitter le monde théâtral et de fermer son École : « Comme tu sais, je quitte le théâtre. Jouvet prend ma place au Vieux-Colombier ». Sa lettre du 5 mai 1925 permet de comprendre sa décision : il connaît de nombreuses difficultés financières : « […] de fatigue et de misère. Si j’avais de l’argent tout serait plus facile. Je n’en ai pas ».

Les lettres de Jacques Copeau à Pauline Teillon permettent en outre de suivre, ou du moins de tenter de retracer, les tournées de Copeau dans le monde : à New York, à Londres, mais aussi à Bruxelles et à Tunis. Avec les Copiaus, ils jouent dans plusieurs pays d’Europe : « Je suis rentré dans ma maison le soir de Noël, rentré d’une longue tournée de deux mois avec ma troupe, en France, Suisse, Belgique et Hollande. Nous avons été partout merveilleusement reçus », écrit-il ainsi le 30 décembre 1927.

Dans la seconde moitié des années trente, Jacques Copeau ne cache pas son souhait de créer et d’ouvrir un nouveau théâtre, projet abordé par exemple dans sa lettre du 15 juin 1936 : « J’espère pouvoir quitter Paris dans quelques jours pour aller travailler à Pernand, dans la solitude et la paix que je ne trouve que là. J’ai fait de longs efforts pour créer un nouveau théâtre ».

Il semble  sans cesse à la recherche de nouvelles idées, en dépit de difficultés financières récurrentes, comme il l’écrit dans sa lettre du 8 août 1936 : « J’ai été très fatigué à la fin de la saison. Mais je vais bien maintenant. Je vais faire un film, parce que je n’ai plus un sou, et ensuite monter une pièce à la Porte St-Martin, avant d’entrer en fonctions à la C.F. »

Dans cette exposition, le choix des documents veut donner l’impression au lecteur-spectateur de suivre l’ouverture des boîtes d’archives, de découvrir au travers de ces archives de l’intime de nouveaux pans du parcours théâtral de Jacques Copeau.