Expositions Virtuelles

Un spectacle par ses archives. L’Île au Trésor

Présentation

En 1952, Léon Chancerel fonde le Théâtre de la Jeunesse et de l’Enfance. Cette association, soutenue par le Ministre de l’Éducation Nationale et la Direction générale des Arts et des Lettres, marque une première officialisation de la démarche de Chancerel en direction du théâtre pour la jeunesse, mais également un tournant dans son entreprise théâtrale. On ne parle d’ailleurs plus de « théâtre pour enfants » comme avant-guerre, mais bien de « théâtre de la jeunesse ». Ainsi Chancerel se détache-t-il peu à peu du théâtre catholique et du théâtre scout au profit d’un théâtre pour la jeunesse (qui tend aussi à conquérir le public adolescent), qu’il participe à faire reconnaître par les pouvoirs publics. Il a toutefois recourt aux bases du Théâtre de l’Oncle Sébastien et des Comédiens Routiers – entre autres, une attention soutenue au travail en groupe, à l’expression dramatique et au jeu de l’acteur basé sur les exercices physiques. Ses valeurs, ses méthodes et sa discipline restent en cela donc fidèles au Chancerel d’avant-guerre, valeurs qu’il décrit lui-même en 1952 comme basées sur « la poésie, la probité professionnelle, l’amour et le respect de la jeunesse ».

Le Théâtre de la Jeunesse et de l’Enfance est donc lancé en 1952, avec le spectacle L’Île au Trésor, mis en scène par Maurice Jacquemont d’après le roman de Robert Louis Stevenson, adapté au théâtre par Chancerel en 1945. Cette toute première réalisation permet à Chancerel de jauger la viabilité de son projet, dont la réception est positive ; des subventions lui sont alors octroyées, et L’Île au Trésor connaît un franc succès.

Cette exposition rassemble l’ensemble des documents d’archive qui constituent la genèse et l’aboutissement de L’Île au Trésor. Lettres, photographies, manuscrits, notes de mise en scène, affiches et tracts, coupures de presse mais également documents administratifs et factures, sont autant de traces du passé nous permettant de reconstituer le processus de création et de réception de L’Île au Trésor. Ce processus peut être divisé en plusieurs étapes, reprises ici afin de construire le déroulement de cette exposition.

L’Île au Trésor marque les débuts du Théâtre de la Jeunesse et de l’Enfance ; la genèse du spectacle est donc totalement liée au du projet de Léon Chancerel, projet présenté dans une lettre qui sera largement diffusée auprès de son entourage. Cette lettre est la première archive présentée dans cette exposition. Elle introduit L’Île au Trésor en l’imposant comme une sorte de manifeste à la mission culturelle et artistique du théâtre pour la jeunesse de Chancerel.

Nous nous attardons par la suite sur le processus de création de la pièce et les traces qu’elle a pu laisser : documents sur la réécriture et l’adaptation d’un roman d’aventures de Stevenson, passage du texte au plateau de théâtre et notes de mise en scène…

De nombreuses photographies permettent de conserver des traces des représentations de L’Île au Trésor. Si la majeure partie des archives du théâtre gravitent autour des représentations sans nécessairement en donner un aperçu concret, les photographies en sont presque toujours le moyen le plus précis d’approcher l’œuvre disparue.

Enfin, vient la réception, et, dans ce cas, le succès, indéniable. L’Île au Trésor est applaudie par la presse et les ami.e.s de Chancerel. Dans le courrier personnel de Chancerel, des comédiens tentent d’intégrer la troupe du Théâtre de la Jeunesse, des photographes proposent d’effectuer des reportages sur le spectacle, des tournées et échanges internationaux sont proposés à Chancerel.

Enfin, cette exposition se glisse dans les rouages du projet, à travers ses archives administratives. Factures, bons de livraison, recettes des spectacles… témoignent des aspects économiques et matériels du spectacle.

La diversité de ces archives de L’Île au Trésor est le reflet d’un projet qui tente de rénover et d’amplifier les pratiques théâtrales en direction des enfants et des adolescents en France. Ces documents, parce qu’ils embrassent l’expérience théâtrale dans sa totalité, de la création à la réception en passant par la production, sont aussi les témoins concrets d’une époque, l’après-guerre, et des entreprises de rénovation de l’art dramatique qui s’employèrent à mettre en place de nouveaux circuits et de nouvelles habitudes culturelles.

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