Société d'Histoire du Théâtre

À venir

Jean-Pierre Vincent

Extrait des Carnets de Jean-Pierre Vincent[1] : l’emploi du temps du dimanche premier octobre 1996 alors qu’il est directeur du théâtre Nanterre-Amandiers, qu’il vit à Nanterre et qu’il travaille à la traduction de Tout est bien qui finit bien de Shakespeare.

1/10/1995
Dimanche matin. Marché. Téléphone : Ralite, Marc, Denis (Caroline Lang).
Déjeuner famille : canard aux navets           13/20
Sociando-Mallet                                           19/20
Jardin et Tout est bien. Beethoven / Carlos Kleiber.
Diner champignons des bois.                       20/20
Tout est bien. Notes.

Cette courte note résume très bien Jean-Pierre Vincent : relations professionnelles, amicales et familiales, bonne chère (c’était un habitué du marché du Centre à Nanterre où il allait très tôt pour éviter la foule), bons vins, grande musique, et évidemment, théâtre.

[1] Archives de Jean-Pierre Vincent, IMEC, 1050VCT/83/3.

Genèse du projet

Jean-Pierre Vincent est mort le 5 novembre 2020.

Malgré le deuil, ce numéro est un numéro sur un homme encore vivant tant sa pensée est présente et précise, tant les traces qu’il a laissées en chacun sont vivaces, tant il paraissait aussi résilient que le théâtre lui-même.

Au départ de ce volume il y a une intuition : la nécessité d’entretiens. Il n’y a pas eu d’hommage du monde du théâtre entier réuni au moment de son décès. C’était la Covid, l’interdiction de toutes réunions sauf virtuelles. Pas de cérémonie possible. On s’est appelés, on en a parlé entre nous, mais c’est tout.

Il y a eu, au Festival d’Avignon, en juillet suivant, un hommage, avec Daniel Auteuil. Puis au TNS, après, avec d’autres. Mais loin de Paris, même si c’était important. Beaucoup n’ont pas pu s’y rendre. Beaucoup qui auraient voulu témoigner ou simplement être là : parler de lui, de son parcours, de ses obsessions, de ses recherches, de son travail, de ses façons de faire, et, pour beaucoup, de ce qu’ils lui doivent… ou simplement, boire un coup, ensemble, en pensant à lui.

L’idée était donc de mener des entretiens auprès de gens très divers, parce que Jean-Pierre touchait à tout au théâtre, et était connu et apprécié de tous les corps de métiers.

Au départ, ces entretiens – une cinquantaine, au final – devaient être la matrice de l’ouvrage. Je pensais les tramer pour en faire des chapitres thématiques sur des aspects du travail de Jean-Pierre. Mais Hélène Bensoussan est entrée dans l’aventure avec une envie et un talent pour le travail de la matière sonore, et les entretiens se sont transformés en podcasts qui dressent de manière très sensible et émouvante un portrait de Jean-Pierre au travers de multiples voix.

En parallèle, j’avais plongé dans ses archives conservées à l’IMEC, et notamment dans ses Carnets, sorte de journal de bord dans lequel il ne parle – presque – que de théâtre de 1973 à sa mort. Pour avoir travaillé avec lui pendant 15 ans, je savais à quel point c’était un homme de l’écrit, qui réfléchissait avec un stylo (plume, de préférence) en écrivant ou en dessinant. Il m’est soudain apparu comme une évidence, en regard des podcasts tissés à partir des entretiens, que la publication devait faire la part belle à la réflexion écrite de cet homme sur son art et son artisanat, si constante, si ininterrompue et si passionnante.

Le choix a été cornélien. Que retenir ? Que publier ?

Parce que c’était son projet, et qu’il aurait souhaité le terminer et le publier, j’ai choisi d’abord son traité inachevé sur la mise en scène intitulé Mise en scène : un mode d’emploi, où l’on retrouve les grandes constantes de sa pratique théâtrale.

Et de sa plume aussi, des recettes choisies, parce qu’il cuisinait comme il mettait en scène, avec subtilité, intelligence, générosité, humour et gourmandise, et que c’était le seul homme de ma connaissance capable de parler avec autant d’émotion et de sérieux du dernier spectacle qu’il avait vu et du dernier plat qu’il venait de déguster.

Quatre articles universitaires permettent ensuite, chacun à leur manière, une traversée de l’œuvre et du travail de Jean-Pierre Vincent, avec le recul de l’analyste.

Deux abordent la question de son rapport au texte, si fondamentale dans sa pratique du théâtre : Joël Huthwohl s’est attaché aux classiques et Frédéric Vossier aux contemporains et ils se répondent avec beaucoup de subtilité. Agathe Sanjuan traite de son passage au poste d’Administrateur de la Comédie-Française, épisode mouvementé et fondateur, tant pour la Maison que pour lui qui fut aussi un grand directeur d’institutions. Enfin, Marie-Madeleine Mervant-Roux aborde un trait propre à sa veine artistique : le rire critique, qui le caractérise comme artiste et comme homme et que l’on retrouve à la source de la plupart de ses spectacles.

Enfin, des extraits du récit-témoignage de son complice fidèle et dramaturge, Bernard Chartreux, nous emmènent dans une grande traversée rétrospective à travers ses spectacles. Ce récit, œuvre littéraire de Chartreux, sera publié et présenté en dialogue avec des archives de Jean-Pierre Vincent : la parole présente de Chartreux cherchant à rattraper le passé, l’écriture passée de Vincent visant à comprendre le présent ; tous les deux dialoguant, toujours et encore…

Frédérique Plain
Novembre 2023

Programme

Revue d’Histoire du Théâtre N° 297 : À travers Jean-Pierre Vincent

Coordination du numéro : Frédérique Plain
Parution mars 2024

Annexes numériques : Documents, photographies, croquis, images…

Podcast en cinq épisodes : Raconter Jean-Pierre Vincent

Réalisation Hélène Bensoussan, mixage, montage Christophe Rault
Mise en ligne mars 2024

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