Expositions Virtuelles

Un théâtre par ses archives : Le Théâtre de la Madeleine

Présentation

Les archives du Théâtre de la Madeleine à la Société d’Histoire du Théâtre ont été référencées comme des dossiers de presse. En réalité, elles sont très diverses et contiennent beaucoup plus que des coupures de presse à son sujet. La majorité des documents sont des notes, des courriers, des extraits de pièces, le plus souvent sans date, sans titre ni destinataire. Ces fragments d’archives sont bien mystérieux. Un travail d’enquête s’est imposé afin de situer leur provenance et surtout d’essayer de comprendre leur place et le témoignage qu’ils portent sur l’histoire du Théâtre de la Madeleine.

Historique

Le Théâtre de la Madeleine ouvre ses portes à Paris en 1924, sous la direction de Robert Trébor et André Brulé. C’est de Robert Trébor que provient l’idée de racheter un terrain sur lequel existait un manège à chevaux, afin de faire construire un théâtre, situé dans le 8ème arrondissement de Paris, 19, rue de Surène.

Le Théâtre de la Madeleine est – avec le Théâtre Pigalle, qui ouvre ses portes en 1929 – l’un des théâtres qui possède la machinerie et les capacités techniques les plus sophistiquées. Y est donc programmer dès les débuts des pièces à succès, pouvant occasionner des dépenses conséquentes, comme Manon, fille galante d’Henry Bataille et d’Albert Flament. Marcel Pagnol, Tristan Bernard, Alfred Savoir, Robert de Flers, Nikita Balieff ou encore Sacha Guitry sont également joués dans ce théâtre très parisien.

Dépôt des archives à la SHT

André Rosch, dont nous ne trouvons nulle trace ailleurs dans les archives de la SHT, a fait don de ces archives à la Société d’Histoire du Théâtre, à une date qui demeure également inconnue. Il se pourrait qu’André Rosch ait été directeur d’une troupe de théâtre à Marseille dénommée « Le Galion d’Or » et qu’il était lui-même acteur de théâtre.

Inventaire de la boîte du Théâtre de la Madeleine

 

Textes dramatiques (en totalité ou extraits) 

On trouve plusieurs textes de pièces, complètes ou non, notamment concernant Sacha Guitry. Par exemple, la revue complète L’Exposition de Noirs (appelée par la suite La Revue Coloniale) écrite en collaboration avec Albert Willemetz, mais aussi des extraits de Faisons un rêve, de La Société Anonyme Des Messieurs Prudents (S.A.D.M.P), et un carnet avec des notes de répétitions de Frans Hals ou l’Admiration et de L’Optique du théâtre.

Les documents ne sont ni datés, ni signés. Il s’agit toutefois de pièces et d’une revue de fin d’année de Sacha Guitry – et d’Albert Willemetz pour L’Exposition de Noirs. Elles ont toutes été jouées au Théâtre de la Madeleine en 1931.

Lire La Revue coloniale de Sacha Guitry (archive intégrale) : Revue_coloniale_Guitry

Les autres textes n’ont pas d’auteur, ne sont ni titrés et datés et donnent très peu d’informations afin de les trouver. On peut ainsi consulter les 83 pages d’extraits de pièces et une comédie dramatique en 4 actes nommée Le Forban. Parmi ces documents, il se pourrait que trois feuilles de scénario écrites à la main proviennent du film Accusée, Levez-vous ! de Maurice Tourneur (1931). Il s’agirait de feuilles de scénario de l’acteur André Dubosc, dans son rôle de Président du Tribunal.

Archives à consulter : Elle_Faisons_un_reve et Elle_Acte_III

Textes de chansons, indications de décors et de scénographies, programmes de revues 

Plusieurs documents conservés dans les archives du Théâtre de la Madeleine livrent des informations sur les revues : programmes, indications de décors et de scénographies, textes de chansons, distribution des loges d’artistes. Ils sont tous ni datés, ni signés.

Certaines archives sont titrées, comme plusieurs chansons ou encore des indications de décors pour une revue de fin d’année. En revanche, rien n’indique qu’il s’agisse de d’archives de spectacles joués au Théâtre de la Madeleine.

Seul un programme de revue de fin d’année est daté et attribué à un lieu : il s’agit de la distribution d’un spectacle joué au Casino de la Méditerranée à Nice en janvier 1929. Ce Casino ouvrant cette même année, il se pourrait que ce soit le programme du spectacle d’ouverture du théâtre.

Archive d’une distribution à consulter : programme-distribution

Lettres, correspondances

Parmi les documents, on trouve des lettres et correspondances, dont la majorité a été écrite et envoyée avant la création du Théâtre de la Madeleine. Elles sont datées de 1904 à 1939 et certaines d’entre elles n’ont pas de destinataires si ce n’est « Monsieur le Directeur ». Ainsi, certaines lettres sont destinées à Monsieur Franck, Monsieur Quinson, ou encore Monsieur Niel. Tous les trois ont un lien avec le Théâtre du Gymnase. Mr. Franck et Mr. Quinson ont été les directeurs de ce théâtre au début du XXe siècle et Mr. Niel en a été l’administrateur général à la même période. D’autres sont destinées à Monsieur Trébor, directeur du Théâtre de la Madeleine à sa création. Courriers des Théâtres de la Madeleine et du Gymnase sont mélangés, rien n’expliquant leur mise en commun dans la même boîte d’archives, hormis le hasard des collectes par les particuliers, en l’occurence ici André Rosch, qui a déposé ces liasses à la SHT.

Deux courriers retrouvés dans ces archives attirent l’attention. Le premier, sans date, du Cabinet du Ministre de la Justice, informe à Mr. Paul Claudel que le collier de perles volé dans sa maison demeure perdu malgré les recherches mises en place. Le second, daté du 2 mars 1933, adressé au Théâtre de la Michodière explique la mise en demeure de Mlle Citronnier, sans aucune autre explication.

Coupures de presse

Un programme de la revue de Nikita Balieff au Théâtre de la Madeleine datant de 1932-33, accompagné d’une coupure de presse du journal Opéra du 11 septembre 1946 nous apprennent le décès de Nikita Balieff.

Une deuxième coupure de presse, du Figaro de la semaine du 30 avril au 6 mai 1964, informe de la vente du Théâtre de la Madeleine par Mr. Benoît-Léon Deutsch, directeur du théâtre.

Documents du Théâtre de la Michodière

Plusieurs documents concernent le Théâtre de la Michodière : un contrat d’exploitation de la comédienne Mlle Carlier ainsi que des coupures de presses datées de 1940 à l’occasion de la réouverture du théâtre. La pièce programmée pour cette réouverture s’intitule La Familiale de Jean de Letraz.

Consulter le Contrat_Mlle_Carlier_Th_Michodiere

Les deux liens les plus plausibles que nous pouvons établir entre le Théâtre de la Madeleine et le Théâtre de la Michodière sont leurs adresses : les deux théâtres sont situés dans le 8e arrondissement de Paris, et, plus probant, la chanteuse et comédienne Yvonne Printemps.

Yvonne Printemps, qui est marié à Sacha Guitry jusqu’en 1934, présente avec lui des revues de fin d’années dans plusieurs théâtres parisiens, dont le Théâtre de la Madeleine (Faisons un rêve, Frans Hals ou l’Admiration, La S.A.D.M.P, La Revue Coloniale). Victor Boucher, directeur du Théâtre de la Michodière dès 1927 et ami du couple, lui propose de l’épauler à la direction de son théâtre, ce qu’elle accepte. À la mort de Victor Boucher en 1942, Yvonne Printemps garde la direction du théâtre, avec son nouveau mari Pierre Fresnay. Il se pourrait donc qu’elle ait gardé certains documents du Théâtre de la Madeleine, notamment les pièces et notes de textes la concernant et qu’ils aient été mélangés, à cette occasion, à ceux du Théâtre de la Michodière.

Des timbres et des croquis

Un carnet de 24 timbres de l’Association des Artistes Dramatiques, non utilisé, ainsi que des croquis de maisons et de visages sont conservés dans ces archives. Comme la plupart des autres documents, aucun n’est daté. Sans titres et indications, les croquis ne donnent pas d’explication sur le théâtre ou les revues.

Les documents de la boîte d’archives du Théâtre de la Madeleine conservée dans le fonds de la Société d’Histoire du Théâtre ne sont bien souvent ni datés, ni identifiés précisément. L’enquête archivistique s’impose alors, afin de lever le mystère sur les origines et l’identité de ces feuillets, d’autant que certaines archives concernent d’autres théâtres, comme le Théâtre de la Michodière et le Théâtre du Gymnase. L’exposition ci-dessous propose de visualiser la pluralité et la diversité de ces documents, allant de la lettre à la réclamation pour vol de collier par Paul Claudel, ou encore un carnet de timbres de l’Association des Artistes Dramatiques, sans oublier cette revue de fin d’année qui méritera que l’on une consacre une recherche spécifique tant elle est dérangeante et problématique : L’exposition des noirs, revue coloniale, de Sacha Guitry, dont le manuscrit, jamais référencé jusqu’à présent, se trouve dans sa totalité conservé dans cette boîte.

Si les théâtres publics ont pour obligation de conserver, d’inventorier et de déposer ou du moins de rendre accessibles leurs archives, les théâtres privés n’ont quant à eux aucune obligation de ce genre. Raison pour laquelle des pans entiers de l’histoire des théâtres, de leurs évolutions, de leurs programmations et de leurs différentes orientations, ont totalement disparu des archives, et donc de la mémoire et de l’histoire du théâtre. Ces quelques pièces, disparates, pour la plupart bien mystérieuses et lacunaires, permettent toutefois de commencer à restituer, par petites touches, la vie quotidienne et la programmation de l’un d’entre eux, le Théâtre de la Madeleine, toujours en activité de nos jours.

Exposition virtuelle réalisée par Lauriane Hérold, Université Caen-Normandie, et Léonor Delaunay, SHT.

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