Revue d'Histoire du Théâtre

Revue d'Histoire du Théâtre Numéro 284

Revue d'Histoire du Théâtre • Numéro 284

La Photographie de scène en France. Art, document, média. Vol. 2 | Des Années folles à nos jours. Capter l’invisible

Numéro à paraître en décembre 2019 (autour du 20).
Version numérique mars 2020

C’est le second après-guerre et le profond mouvement créatif qui l’a suivi qui ont vu émerger des pratiques de plus en plus porteuses d’une véritable pensée de la photographie de scène, au carrefour des différents arts. C’est ainsi que certains artistes vont lui consacrer une bonne partie de leur production, comme Agnès Varda accompagnant Jean Vilar. Toutefois, si Varda propose encore des séances semi-posées à l’ancienne, c’est avec les séries de Roger Pic que s’invente vraiment la photographie de spectacle moderne. Venu du photoreportage, Pic ne craint pas le mouvement et la mobilité du théâtre, ce qui lui permet de proposer certaines des premières photographies de scène authentiques (non posées). Au cérémonial propre à la photographie, peut enfin se conjuguer, sinon se substituer tout à fait, le cérémonial propre au théâtre – la première affirmant son propre statut artistique et sa capacité à faire voir l’invisible en devenant partie prenante du processus d’épiphanie scénique.

Sommaire

Dossier

5
Arnaud Rykner

Introduction : Vers un art de la photographie de scène
11
Maria Einman

Entre virtualité et actualité. La photographie de scène dans l’entre-deux-guerres. L’exemple des studios Henri Manuel et Manuel Frères

Résumé
Comme toute image, une photographie de scène comporte une multitude de virtualités. Leur nature et les manières dont elles s’actualisent sont explorées à partir de l’exemple de la production des studios Henri Manuel et Manuel Frères, deux grands studios parisiens de l’entre-deux-guerres. Les clichés sont étudiés d’une part dans le cadre d’une revue théâtrale, en l’occurrence La Petite Illustration (série théâtre), d’autre part « hors contexte », c’est-à-dire lorsqu’ils ne sont abordés qu’à travers leur lien avec la mise en scène d’une œuvre dramatique (en l’occurrence les mises en scène des Pitoëff). Il s’avère que dans les deux cas, la photographie de scène, tout en éludant la détermination par le discours, condense en elle un nombre d’instants qui font partie de l’imaginaire de l’œuvre et dont l’actualisation permet d’accéder, via le visible et le concret, à l’essence intangible de cette dernière.

Abstract : Between virtual and actual. Stage photography in the interwar years: the example of the studios Henri Manuel and Manuel Frères
Like any picture, theatrical photography (onstage photography) includes many virtualities. Their nature and the ways they are actualized are explored on the Henri Manuel and Manuel Frères studios production example, two major Paris studios in activity within the interwar period. On the one hand, the pictures are examined in a theatre revue context, which is entitled La Petite Illustration théâtrale (série théâtre), on the other hand, they are studied “out of context”, being only defined by their relationship with a play production (namely the Pitoëff’s productions). It turns out, in both cases, that the onstage photographies, while avoiding discourse fixation, condense many moments which are part of the play imaginary – so their actualization allows access, via the visible and the concrete aspects, to its intangible essence.

29
Cyrielle Dodet

Perdre le théâtre de vue pour photographier la scène : sur quelques reportages photographiques de mises en scène, des années 1950 aux années 1980

Résumé
Incarnant chacun une certaine pratique de la photographie théâtrale, et partant un certain ethos, Agnès Varda, Roger Pic et Claude Bricage ont réalisé de nombreux reportages photographiques entre 1950 et 1980. Leur analyse permet de montrer d’une part comment la photographie délaisse progressivement le « théâtre » pour accueillir la scène, ses mouvements et ses impondérables, et d’autre part, ce que cette dernière offre en retour à la photographie qui la saisit et dont la pratique commence alors à se confirmer dans sa dimension esthétique et son autonomie artistique.

Abstract
Between 1950 and 1980, Agnès Varda, Roger Pic, and Claude Bricage produced many photo essays dedicated to theater. Each of these artists embodies a specific practice of theatrical photography and, as a result, a certain ethos. Analyzing their essays will show, on the one hand, how photography gradually leaves « theater » behind to give space to the stage, its movements, and its unforeseen changes, and on the other hand, what the stage can offer in response to the photographs that capture it and begin to assert the aesthetic dimension and the artistic independence of this practice.

45
Julie Noirot

De la photographie de mise en scène à la photographie comme mise en scène : l’exemple de Claude Bricage

Résumé
L’œuvre de Claude Bricage constitue dans l’histoire de la photographie de scène un jalon important. Compagnon de route de la création théâtrale pendant plus de vingt-cinq ans, Bricage appartient à cette génération de photographes que Chantal Meyer-Plantureux a qualifié de « metteurs en scène de l’image » qui revendique dans son travail une part d’autonomie et de créativité. Tout en revenant sur le tournant décisif opéré par cette œuvre dans l’histoire de la photographie de théâtre en France, il s’agira de réévaluer cet apport, en le réinscrivant plus largement non seulement dans une histoire de l’évolution de la mise en scène en France qui dans les années 1960-1970 s’affirme comme une création indépendante, mais aussi dans une histoire de la photographie contemporaine et de son institutionnalisation récente marquée par l’essor d’un courant dit subjectif et créatif.

Abstract : From theatre photography to theatrical photography: the example of Claude Bricage
Claude Bricage’s photographic work is an important milestone in the history of stage photography. Companion of the theatrical creation in France for more than twenty-five years, Bricage belongs to this generation of photographers that Chantal Meyer-Plantureux described as « directors of the image » which claims in his work a part of autonomy and creativity. While returning to the decisive turn made by this work in the history of theater photography in France, it will be question of reevaluating this contribution, by re-writing it more widely not only in a history of the evolution of the staging in France which in the years 1960-1970 asserts itself as an independent creation, but also in a history of contemporary photography and its recent institutionalization marked by the rise of a subjective and creative current.

65
Maëlle Puechoultres

« C’était la dernière illusion » : Le Mahâbhârata de Peter Brook sous le regard de Pablo Reinoso. Entre photographie, théâtre et sculpture

Résumé
Pablo Reinoso, photographe de théâtre dans les années 80, mais surtout sculpteur et designer, est mandaté en 1985 par la revue Théâtre en Europe pour capturer les répétitions et représentations du Mahâbhârata, à la carrière de Boulbon : le spectacle retrace, avec une distribution internationale  l’épopée mythico-historique indienne racontant la grande guerre qui opposa les cinq frères Pāṇḍava à leurs cousins, les cent Kaurava. Jouant sur la présence de la falaise et le contraste des matériaux pour accentuer la ritualité de la représentation, ainsi que sur les vertus proprement dramatiques d’un lieu pour la première fois utilisé pour le théâtre, Pablo Reinoso fait transparaitre à travers son objectif une forme indienne qui semble descendue du ciel pour arriver dans les carrières d’Avignon, invitant les communautés à se rassembler au sein de l’ « Espace vide » cher à Peter Brook pour entendre ce poème immémorial et viscéralement scénique.

Abstract : ‘« This was the last illusion » : Peter’s Brook Mahābhārata in Pablo Reinoso’s eye, between photography, theater and sculpture’
Pablo Reinoso, stage photographer in the 80’s, but first and foremost sculptor and designer, is appointed in 1985 by the review Théâtre en Europe to shoot the Mahābhārata’s rehearsals and performances, at Boulbon’s quarry : with a large international cast, the show recounts the indian mythical-historical epic poem telling the great war opposing the five brothers Pāṇḍava to their cousins, the hundred Kaurava. By playing with the presence of the cliff, and the contrast between materials in order to underline the rituality of the performance, as well as with the genuinely dramatic virtues of a place which for the first time is theater-used, Pablo Reinoso reflects through his camera an indian form looking as if it came down from the sky to land in the Avignon quarries, inviting communities to gather to hear this immemorial, viscerally scenic poem within the « Empty space » treasured by Peter Brook.

85
Elise Van Haesebroeck

La photographie de scène, médium de l’Invisible »

Résumé
Si le metteur en scène français Claude Régy affirme que la matière de son théâtre est « généralement non photographiable », c’est parce que son théâtre est avant tout un théâtre du silence et de l’immobilité, deux éléments a priori insaisissables en tant que tels par le medium photographique. Qu’est-ce que la photographie permet alors de saisir de ce théâtre et, plus précisément, que permet-elle de saisir de ce que le spectateur ne perçoit pas explicitement pendant les représentations ? Inversement, que rate-t-elle ? Nous tenterons de répondre à ces questions en nous appuyant sur des photographies prises par quatre photographes – Mario Del Curto, Brigitte Enguérand, Michel Jacquelin et Pascal Victor – qui ont tous photographié le théâtre de Claude Régy entre 2005 à 2016. Nous montrerons comment leurs photographies rendent compte de l’esthétique du théâtre de Claude Régy mais aussi des dimensions insaisissables lors des représentations proprement dites. Comment ces photographies – medium de l’invisible – nous invitent-elles à penser la nature propre du théâtre de Claude Régy ?

Abstract
If the french director Claude Régy asserts that the material of his theatre « can not generally be photographed », it’s because his theatre is above all a theatre of silence and immobility, two elements a priori elusive by the photographic medium. Thus, in this article, we propose to question what does the photography can grasp of this theatre. What can this medium capture from what is not explicitly perceived by the spectator during the shows ? And what does it fails to capture ? We will try to answer these questions by using photographs taken by four photographers – Mario Del Curto, Brigitte Enguérand, Michel Jacquelin and Pascal Victor – who all photographed Claude Régy’s theatre from 2005 to 2016. We will show how these pictures reflect the aesthetics of Claude Régy’s theatre, but also how they can reveal  dimensions which are elusive during the performances. How these photographs – media of the invisible – invite us to think about the nature of Claude Régy’s theatre.

105
Yannick Butel
« Pas de côté »

Résumé
Regarder une photo de Bricage, de Walz, de Varda… Saisir dans sa construction un geste photographique, une intention. Dans cet espace d’incertitude qu’est la rencontre avec la photographie de mise en scène, l’attention portée aux détails joue sans cesse entre imagination créatrice et imagination réceptrice, capture d’une référence et rapport purement sensible, identification et rêverie. Ce mouvement duel n’appelle pas d’arbitrage ou d’exclusion, mais renvoie seulement à la complexité et à la complémentarité qu’induit l’objet dérivé qu’est la photo, elle-même lieu de création et de restitution. Dans ce va et vient instable, une temporalité est ainsi appréhendée au prisme de l’histoire et de son actualisation défaillante qui soutient l’énigme qu’est toujours, et à jamais, l’œuvre d’art.

Abstract :
Watching a photography by Bricage, Walz, Varda… Capturing in its construction a photographic gesture, an intention. In this space of uncertainty that is the encounter with staging photography, attention to detail constantly plays between creative imagination and receptive imagination, capture of a reference and a purely sensitive relationship, identification and reverie. This dual movement does not call for arbitration or exclusion, but only refers to the complexity and complementarity induced by the derived object that is the photo itself as a place of creation and restitution. In this unstable movement, a temporality is thus understood at the prism of history and its failing actualization that supports the enigma that is always, and forever, the work of art.

Varia

125
Antoni Ramon, Juan Ignacio Prieto, Iván Alcázar
Les cités du théâtre. Des acteurs de rénovation urbaine et des « espaces autres »
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