Société d'Histoire du Théâtre

À venir

Pour une histoire des metteuses en scène

Appel à contributions pour le numéro de la Revue d’histoire du théâtre 2024-2

Coordination Joël Huthwohl et Agathe Sanjuan

Appel à contributions

En 1995, dans un volume d’Études théâtrales consacré aux femmes de théâtre, Philippe Ivernel prenait comme point de départ une citation de Marguerite Duras dans La Vie matérielle : « Depuis 1900, on n’a pas joué une pièce de femme à la Comédie-Française, ni chez Vilar, au TNP, ni à l’Odéon, ni à Villeurbanne, ni la Schaubühne, ni au Piccolo Teatro de Strehler, pas un auteur femme ni un metteur en scène. » Il faut ensuite remonter le début d’une évolution des programmations à l’Odéon de Jean-Louis Barrault avec Des journées entières dans les arbres de Marguerite Duras (1965) et Le Silence et Le Mensonge de Nathalie Sarraute (1967). S’intéressant à la fois aux autrices et aux metteuses en scène, Philippe Ivernel fait le constat de l’absence de travaux de recherches sur le sujet mais renonce à esquisser une histoire du théâtre « alternative » et privilégie des « approches subjectives et fragmentaires », ouvertement engagées. Près de trente ans plus tard, malgré la place grandissante des femmes dans la vie théâtrale, notamment comme metteuses en scène, peu de publications sont venues compléter le volume de 1995. En 2007, le TNS publie un numéro de sa revue sous le titre « Metteuses en scène. Le théâtre a-t-il un genre ? » sous la direction d’Anne-Françoise Benhamou, qui explore la question pour la période contemporaine et à travers des entretiens. Le volume s’intéresse à l’existence d’une spécificité féminine en art comme aux différences générationnelles. La même année, Josette Féral fait paraître le volume III de Mise en scène et jeu de l’acteur, consacré aux « Voix de femmes » et de la même manière recueille des témoignages de femmes de théâtre à travers le monde. Certes quelques études particulières ont braqué leur projecteur sur des metteuses en scène. Plusieurs livres, souvent d’entretiens, avec Ariane Mnouchkine, ou encore sur Christiane Jatahy. Mais l’histoire de la mise en scène par des femmes en France reste à écrire.

On considère généralement que la mise en scène moderne commence avec André Antoine au Théâtre Libre, auquel succède rapidement les Gémier, Copeau, Dullin, Jouvet, pères d’une génération d’hommes de théâtre qui ont régné sans partage sur la mise en scène en France jusqu’à une période récente. À cette époque, la place des femmes dans la production d’un spectacle est sur la scène, pour les actrices, ou dans les coulisses, pour les couturières notamment. Progressivement on voir apparaître des costumières et des autrices, mais rarement des créatrices lumière ou son, des scénographes, des compositrices ou des metteuses en scène.

La mise en scène est devenue au fil du XXe siècle un art hautement valorisé, non seulement de chef d’orchestre mais de créateur, les femmes y trouvent leur place et leur légitimité tardivement et avec difficulté. Le Dictionnaire universel des créatrices, publié en 2013 aux Éditions des femmes, date l’accession des femmes à ce métier du début du XXe siècle, avec Nelly Roussel (1878-1922) et Vera Starkoff, militantes socialistes féministes, qui écrivent et font jouer leurs pièces dans les Universités populaires. C’est déjà oublier qu’avant elles Sarah Bernhardt et Gabrielle Réjane, prenant la direction de théâtres, ont aussi pris en main la mise en scène de nombreux spectacles. Un travail est donc à mener, de nature prosopographique et historique, afin de faire sortir de l’ombre les femmes qui ont réussi à se faire une place dans cette corporation très masculine. Au-delà de la réhabilitation de ces figures, c’est aussi la spécificité, ou non, de la pratique féminine qui mériterait d’être étudiée des points de vue du choix du répertoire, de la direction d’acteur, de la dramaturgie et du rapport au public.

Préhistoire de la mise en scène au féminin (XVIIe-XIXe s.)

Avant même de considérer la mise en scène en tant que telle, il est important d’observer le rôle des femmes dans la réalisation des spectacles depuis la période moderne. Il s’agit d’évaluer et de faire apparaître leur place au-delà du simple rôle d’interprète, en explorant l’influence des actrices sur le jeu et l’esthétique des spectacles. Par exemple, on pourra se poser la question de savoir comment Mademoiselle Clairon a mené une véritable réforme du costume, de quelle manière Marie Dorval a façonné le rôle de Kitty Bell dans Chartertton, ou encore comment Rachel a renouvelé la manière de jouer la tragédie classique.

…et metteuse en scène (1880-1960)

À partir de la fin du XIXe s., les femmes accèdent ponctuellement à la mise en scène, mais jamais au statut de metteuse en scène. Une femme ne fait de la mise en scène qu’en complément d’une fonction identifiée et légitime. Ainsi Sarah Bernhardt, Réjane et plus tard Marguerite Jamois ne pratiquent la mise en scène que dans la mesure où elles dirigent leur propre théâtre. Nelly Roussel et Vera Starkoff sont avant tout des militantes et des autrices. D’autres ne contribuent au montage d’un spectacle que dans la mesure où elles travaillent en collaboration, et souvent dans l’ombre, avec des metteurs en scène hommes, comme Suzanne Bing, Akakia Viala et Simone Jouffroy. Les plus nombreuses sont en réalité les actrices comme Louise Lara, Jane Hugard, Véra Korène, Marcelle Tassencourt et plus rarement, les autrices comme Madame Simone.

Les filles d’Ariane 1960-2010

L’aventure du Théâtre du Soleil qui naît en 1964 donne sa légitimité à Ariane Mnouchkine comme metteuse en scène et semble ouvrir la voie à une nouvelle génération de femmes de théâtre. Ce mouvement est d’abord marqué par le féminisme militant d’après 1968, féminisme « différentialiste » comme le rappelle Anne-Françoise Benhamou. À partir des années 1980 les mentalités changent et les artistes, femmes et hommes, interrogées pour la revue Outrescène en 2007 disent « ne pas reconnaître la différence homme/femme comme un principe de compréhension du monde ou d’eux-mêmes. » Ce sentiment d’équilibre enfin trouvé cache en fait une situation contrastée. En 1986, un tiers des mises en scène au Festival d’Avignon est signé par des femmes ; en 2006, aucune.

Plus que pour les périodes précédentes, on peut toutefois trouver un grand nombre de nom de femmes à l’affiche des théâtres comme metteuses en scène. Parmi elles Sandrine Anglade, Catherine Anne, Anne Artigaut, Marion Bierry, Julie Brochen, Irina Brook, Claude Buchvald, Jeanne Champagne, Camille Chamoux, Anne Delbée, Louise Doutreligne, Laurence Février, Michèle Guigon, Catherine Hiegel, Brigitte Jaques-Wajeman, Geneviève de Kermabon, Claire Lasne, Anne-Laure Liégeois, Anne-Marie Lazarini, Frédérique Lazarini, Stéphanie Loïc, Sophie Loucachevsky, Macha Makeieff, Catherine Marnas, Michèle Marquais, Muriel Mayette, Chantal Morel, Pascale Murtin, Solange Oswald, Isabelle Pousseur, Jacqueline Recoing, Stéphanie Tesson, Gilberte Tsaï, Hélène Vincent, Lisa Wurmser…

Aujourd’hui la situation semble avoir changé. Les formations à la mise en scène font une place égale aux femmes et aux hommes. Les théâtres nationaux comme le Festival d’Avignon mettent à l’affiche des spectacles mis en scène par des femmes. Plus globalement les metteuses en scène gagnent en visibilité dans la vie théâtrale. Peut-être parce que les femmes à la direction des lieux sont plus nombreuses, les pouvoirs publics ayant une politique volontariste en la matière ; mais au-delà d’une discrimination positive, la question du changement des mentalités se pose. Cette évolution récente sera principalement traitée à travers des entretiens avec les metteuses en scène, qui seront mis en ligne sous forme de podcasts sur le site de la SHT.

Outrescène, dossier “Le théâtre a-t-il un genre ?”
https://www.solitairesintempestifs.com/revues/2007-05/metteuses-en-scene-le-theatre-t-il-un-genre

Propositions d’une à deux pages, accompagnée d’une bio-blio d’une dizaine de lignes à envoyer à : 

Léonor Delaunay : leonor.delaunay@sht.asso.fr
Joël Huthwohl : joel.huthwohl@bnf.fr
Agathe Sanjuan : agathe.sanjuan@comedie-francaise.org

Les articles retenus sont à remettre le 10 décembre 2023

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