Foyer du Théâtre Montansier, dessin de Louis Binet, Louis (1744-1800). Source : BnF Gallica

Revue d’Historiographie du Théâtre • N°8 T3 2023

Parution annuelle
300 pages
14 euros, version numérique
ISSN : ISSN : 2270-5554

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Revue d’Historiographie du Théâtre • N°8 T3 2023

Une transgression incarnée. Le vol du masque dans l’Impromptu de la Folie de Marc-Antoine Legrand

Par Ilaria Lepore

Résumé

L’Impromptu de la folie, ambigu-comique se composant d’un prologue allégorique, sur le modèle de ceux de la Foire, et deux comédies en un acte, Les Nouveaux débarqués, sur le « goût français », et La Française Italienne, sur le « goût italien », fut joué à la Comédie Française le 5 novembre 1725. Avec cette pièce, Marc-Antoine Legrand réalise un véritable pastiche dramatique, en pratiquant un mélange des différents genres à travers des procédés de contamination des formes et des styles, visant à détourner les normes du langage théâtral. Ce qui fait le caractère « extraordinaire » de la pièce – c’est-à-dire, littéralement, ce qui est inouï ou original et donc capable de sortir de la règle – c’est l’emploi des rôles ou « types » italiens sur la scène française. Dans la Française Italienne, Legrand met en scène, en plein guerre des théâtres, les deux types les plus représentatifs du Théâtre Italien : celui d’Arlequin, qu’il fit jouer à sa fille, Mlle Charlotte Legrand, et celui de Pantalon, joué par Armand. Par cette transgression du code récitatif lié à la politique représentative des genres, Legrand montre que le type tombe dans une sorte de domaine public, de propriété collective et que donc n’importe qui peut tenir sa place. S’ouvre, ainsi, une polémique visant à réclamer la légitimité de cet usage « libéral » du type par rapport aux lois, exprimées ou tacites, inscrites dans la tradition formelle et dans le canon esthétique officiel, qui voulaient en revanche bien séparer les différentes pratiques théâtrales. Si l’on prend donc le cas de l’Impromptu de la Folie, et plus en général la carrière de Legrand, il est intéressant de réfléchir à l’idée du canon au sens plus large, ce qui suppose de soulever la question de ses apories. S’il est vrai que le canon est un concept qui se constitue à partir des aspirations universalistes, c’est-a-dire en dépassant tout contexte, il est néanmoins lié à une conception strictement « identitaire » ou « communautaire ». D’une certaine manière, donc, Legrand fait jouer les concepts de normes et de transgressions, d’une coté évoquant l’établissement de nouveaux canons, qui redéfinissent un consensus autour de la valeur esthétique de son œuvre, de l’autre, introduisant des ruptures, explicitement provocatrices, des règles dominantes. Suivant ce processus, Legrand contribue tantôt à supporter, tantôt à mettre en discussion, tantôt à faire évoluer ce corps aux lois immuables qu’était la Comédie Française.

L’Impromptu de la folie, “ambigu-comique” composing of an allegorical prologue and two one-act comedies, Les Nouveaux débarqués and La Française Italienne, was performed at the Comédie Française on November 5, 1725. With this piece, Marc-Antoine Legrand achieves a real dramatic pastiche, by practicing a mixture of different genres through processes of contamination of forms and styles, aiming to divert the norms of theatrical language. What makes the play “extraordinary” – that is to say, literally, what is unheard of or original and therefore capable of departing from the rule – is the use of Italian roles or “types” on the French scene. In La Française Italienne, Legrand staged the two most representative types of the Italian Theatre: that of Harlequin played by his daughter, Mlle Charlotte Legrand, and that of Pantalon, played by Armand. By this transgression of the recitative code linked to the representative policy of genres, Legrand shows that the type falls into a kind of public domain, of collective property and that therefore anyone can hold their place. Thus opens a controversy aimed at claiming the legitimacy of this “liberal” use of type in relation to the laws, expressed or tacit, inscribed in the formal tradition and in the official aesthetic canon, which wanted on the other hand to separate the different theatrical practices. If we therefore take the case of the Impromptu de la Folie, and more in general the career of Legrand at Comédie-Française, it is interesting to reflect on the idea of ​​the canon in the broader sense, which implies raising the question of its aporias. If it is true that the canon is a concept that is constituted from universalist aspirations, that is to say by going beyond any context, it is nevertheless linked to a strictly “identity” or “community” conception. In a certain way, therefore, Legrand brings into play the concepts of norms and transgressions, on the one hand evoking the establishment of new canons, which redefine a consensus around the aesthetic value of his work, on the other hand, introducing ruptures, explicitly provocative, of the dominant rules. Following this process, Legrand contributes sometimes to support, sometimes to discuss, sometimes to develop the French theatrical institution par excellence that was the Comédie Française.

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