Revue d'Histoire du Théâtre

Revue d'Histoire du Théâtre Numéro 285

« Cinquante pauvres ouvriers ». Employés chez Molière et à l’Hôtel Guénégaud de 1660 à 1689

Résumé

Qui donc étaient ces personnes qui traversent les pages de l’histoire du théâtre sans jamais avoir leur propre chapitre, et qui dans beaucoup de cas ont été tout aussi fidèles sinon plus que les comédiens dont les troupes étaient composées ? Dans cet article, nous analyserons des informations trouvées dans les registres de la troupe de Molière, de l’Hôtel Guénégaud et de la Comédie-Française afin de combler cette lacune. Nous aurons ainsi une image plus complète du fonctionnement économique de l’entreprise théâtrale durant cette époque, primordiale pour l’histoire du théâtre en France.

Texte

Selon Grimarest, le 17 février 1673, lorsque sa femme et Baron supplièrent Molière de ne pas jouer son rôle dans Le Malade imaginaire à cause de son mauvais état de santé, il leur répondit :

Comment voulez-vous que je fasse […], il y a cinquante pauvres Ouvriers, qui n’ont que leur journée pour vivre ; que feront-ils si l’on ne joue pas ? Je me reprocherois d’avoir négligé de leur donner du pain un seul jour, le pouvant faire absolument[1].

 Cette remarque, si apocryphe qu’elle soit, souligne l’importance du théâtre en tant qu’entreprise commerciale dont dépendait un plus grand nombre de personnes qu’on aurait pu penser. Cet aspect a été souligné en ce qui concerne le théâtre français du xixe siècle par F. W. J. Hemmings dans son Theatre Industry in Nineteenth-Century France en 1993 ; et plus récemment Martial Poirson a abordé la même question surtout à propos du xviiie siècle dans Spectacle et économie à l’âge classique[2]. Mais, à notre connaissance, une étude approfondie du fonctionnement économique des troupes du xviie siècle reste à faire. Et ce n’étaient pas uniquement des employés de théâtre qui étaient concernés, puisque nombre de fournisseurs tiraient au moins une partie de leurs revenus des efforts de la troupe de Molière et de ses successeurs. Qui donc étaient ces personnes qui traversent les pages de l’histoire du théâtre sans jamais avoir leur propre chapitre, et qui dans beaucoup de cas ont été tout aussi fidèles sinon plus que les comédiens dont les troupes étaient composées ? Dans cet article, nous analyserons des informations trouvées dans les registres de la troupe de Molière, de l’Hôtel Guénégaud et de la Comédie-Française afin de combler cette lacune. Nous aurons ainsi une image plus complète du fonctionnement économique de l’entreprise théâtrale durant cette époque, primordiale pour l’histoire du théâtre en France.

Cette étude ne peut pas pourtant prétendre à l’exhaustivité. La liste de toutes les personnes ayant contribué à l’activité de ces trois troupes ou qui auraient fourni du matériel intéresserait certains d’entre nous, mais dépasserait largement les limites de cet article. Nous avons donc choisi de nous concentrer sur les listes des « frais ordinaires » payés par la troupe à la fin de chaque représentation, pour avoir une idée de l’effectif habituel des théâtres en question. Nous y ajouterons des informations relatives à la création du Malade imaginaire et à ses reprises à l’Hôtel Guénégaud, pour avoir une idée plus précise de ces « cinquante pauvres Ouvriers » dont Molière s’inquiétait.

Les Troupes et leurs « registres »

Quel lien unit les trois compagnies dont il sera question ici ? Tout d’abord, il s’agit bien sûr de la troupe de Molière, qui revint de province à Paris en 1658 et occupa d’abord la salle du Petit-Bourbon et ensuite celle du Palais-Royal. Lorsque Molière mourut le 17 février 1673, quatre membres de sa troupe (Michel Baron, M. et Mlle Beauval et La Thorillière) saisirent l’occasion de la relâche de Pâques pour quitter le Palais-Royal pour la sécurité relative de l’Hôtel de Bourgogne. On considéra sans doute que les membres restants n’étaient plus en état de jouer, car leur salle dans le Palais-Royal fut rapidement attribuée à Lully pour la représentation de ses tragédies lyriques. Mais les anciens compagnons de Molière réussirent à se relever, engagèrent d’autres acteurs et louèrent un ancien jeu de paume transformé en salle d’opéra et connu sous le nom de l’Hôtel Guénégaud. Ils y furent rejoints par des acteurs du Théâtre du Marais, qui fut lui-même fermé, et ainsi la troupe des Comédiens du Roi de l’Hôtel Guénégaud fut créée[3]. Sept ans plus tard, les deux troupes de l’Hôtel Guénégaud et de l’Hôtel de Bourgogne furent réunies à Guénégaud afin de créer la Comédie-Française. La nouvelle troupe continua à occuper cette salle jusqu’en 1687, quand on lui ordonna de déménager pour ne pas gêner ses voisins du Collège des Quatre Nations. Mais ce n’était qu’en 1689 qu’elle réussit à s’installer dans ce qui est connu maintenant comme la rue de l’Ancienne Comédie. C’est cet abandon forcé de l’Hôtel Guénégaud que nous prenons comme terme de nos recherches.

Les trois troupes que nous allons étudier tenaient des registres ou livres de compte. Ceux de l’Hôtel Guénégaud et de la Comédie-Française sont préservés dans la Bibliothèque-Musée de cette institution[4]. Mais il ne nous est parvenu que trois registres « officiels » de la troupe de Molière, connus sous les titres des « premier » et « deuxième » registres de La Thorillière (1663-1664, 1664-1665) et du registre d’Hubert (1672-1673)[5], plus le registre personnel de l’acteur La Grange, qui rejoignit la troupe de Molière à Paris en 1659[6]. Ce sont nos sources principales que nous compléterons en utilisant d’autres documents, pour la plupart conservés également dans la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française.

« Frais ordinaires »

La Grange donne deux fois des listes des « frais ordinaires » ou journaliers payés par la troupe de Molière en 1660 et 1662[7]. Elles sont assez loin donc de la date fatidique du 17 février 1673. D’autres listes sont inscrites dans le registre de la troupe de l’Hôtel Guénégaud pour la saison 1674-1675 et dans ceux de la Comédie-Française pour les saisons 1683-1684, 1685-1686, 1686-1687, et 1687-1688[8]. Nous avons choisi de privilégier la liste de 1674-1675, saison de la reprise à Guénégaud du Malade imaginaire qui eut lieu le 4 mai 1674. Nous reproduisons donc cette liste que nous commenterons en la comparant aux autres listes établies chez Molière et à la Comédie-Française. Il faut pourtant se rappeler que cette liste que nous prenons comme point de référence fut établie le 26 février 1675 seulement, c’est-à-dire presque deux ans après la création du Malade imaginaire au Palais-Royal et neuf mois après sa reprise à Guénégaud.

 Personnel de théâtre selon les « frais ordinaires » de février 1675 :

 

« Pour un exempt 110 s pour trois gardes 4 livres 10 sols[9] » 10 l
Mlle Hubert « pour charge des billets » 3 l
Mme Provost « qui fait la recette au bureau » 3 l
Subtil « portier » 2 l 5 s
M. Duchemin « qui est à la porte du parterre » 1 l 10 s
« Pour deux contrôleurs que la troupe a accordés à MM. de Sourdéac et de Champeron pour recevoir les billets l’un à la porte des loges et l’autre à celle du parterre, 30 sols chacun » 3 l
« Pour quatre ouvreurs de loges et celui qui ouvre le théâtre, chacun 20 sols » 5 l
« Pour le sieur Barbier qui ouvre l’amphithéâtre et fournit le théâtre de tapisserie et chaises » 2 l
« Pour six violons, 30 sols à chacun » 9 l
« Pour deux décorateurs, chacun 30 sols » 3 l
« Pour le Concierge » 1 l 10 s
« Pour les affiches et afficheur » 9 l 16 s
« Pour les lampes » 1 l
« Pour balayer partout » 5 s
Exempt et gardes

En 1683 et 1684, c’était l’ancien portier de la troupe de Molière, Germain Diot dit Saint-Germain (voir plus bas) qui fut l’exempt des gardes à la Comédie-Française[10]. En 1683, les trois gardes sont identifiées : Lefèvre, La Motte et La Montagne, mais nous n’oserons pas suggérer que c’étaient les mêmes qui avaient été en poste huit ans plus tôt. Le nombre des gardes resta stable de 1675 à 1687, même si leurs salaires furent progressivement réduits[11]. Il faut pourtant noter qu’en 1662, selon La Grange, il y avait eu « un sergent et douze soldats aux gardes » — indication peut-être des désordres inhabituels survenus au cours de cette saison qui vit la création de L’École des femmes.

Recette et contrôle

Mme Provost fut la « receveuse » ou responsable du bureau de la recette à l’Hôtel Guénégaud[12], comme elle l’avait été au Palais-Royal. Fille de deux ouvreurs de loges et femme du comédien de province Marin Prévost, Anne Brillard servit consciencieusement la troupe pendant plus de quarante ans, ayant débuté comme « contrôleuse » vers 1662[13]. En 1685, la comédienne Mlle Dupin monta une campagne pour la remplacer, mais les membres de la troupe soutinrent leur employée contre leur camarade, notant qu’ils avaient :

… mis en delliberation la demande que Madlle dupin a faitte du bureau de la Recepte, pour occuper la place de la provost apres avoir agité l’affaire, on a trouvé a propos de Tirer au feves blanches ou noires pour luy accorder ou reffuser sa demande. Les blanches sont pour elle les noires luy donnent l’exclusion. Il s’est trouvé dans la boeste dix feves noires et quatre blanches, ainsy la pluralité a esté pour l’exclusion. Cependant la Compagnie voulant traiter favorablement Madlle Dupin on a resolu de luy accorder le premier poste qui vaquera [14].

Cette tentative s’explique par le fait que Mlle Dupin venait d’être exclue de la troupe par ordre de Mme la Dauphine et donc cherchait à rester dans une capacité quelconque afin de compléter sa pension retraite de 1.000 livres par an[15]. De telles transitions du plateau à l’avant-scène étaient courantes et nous aurons à y revenir.

Nous savons d’ailleurs que Mme Provost fut temporairement remplacée par la Mlle La Roque en 1686, puisque lors d’une réunion du 20 mai la troupe nota qu’elle avait résolu que « lors que l’on joue une grande piece et une petite, de ne recevoir les comptes du bureau que pendant la petite piece et Mlles Brecourt et guiot se tiendront s’il leur plaist a leur controlle jusques a ce que l’on reçoive lesd. comptes de Mlle de La Roque » [16]. Mlle La Roque fut sans doute la veuve de l’ancien membre de la troupe de l’Hôtel Guénégaud, décédé en 1676[17].

Mme Provost resta en poste jusqu’en 1703, quand elle prit sa retraite. Peu de temps après, la troupe lui accorda une pension, et les termes du procès verbal de la réunion montre le soin qu’elle montrait vis-à-vis de ses anciens employés :

La Compagnie a Reglé ayant egard que la provost, qui a fait pendant plus de quarente ans la Recepte de la Comedie avoit esté Remerciée, et navoit pas de quoy subsister elle a trouvé bon de luy accorder une pension de cent cinquante livres a commencer du jour de sa sortie et ce pendant le temps que la Compagnie le jugera a propos[18].

Mme Provost continua à recevoir cette pension jusqu’à sa mort en 1711[19]. Comme nous allons le voir, les théâtres de l’époque étaient des affaires de famille où tout le monde prêta la main au besoin. Ainsi, le fils de Mme Provost, qu’elle semble avoir eu avant son mariage[20], figura dans Circé de Thomas Corneille et Jean Donneau De Visé dans le rôle d’un « petit voleur », et son mari et son beau-frère furent tous les deux des « grands voleurs » dans la même pièce[21].

Le bureau de Mme Provost était en dehors du théâtre. Une personne désirant aller voir la pièce aurait acheté son billet au bureau et l’aurait ensuite présenté à l’un des deux contrôleurs qui étaient situés à la porte des loges et à la porte du parterre. Samuel Chappuzeau qui, dans son Théâtre français de 1673, fait le bilan de la situation théâtrale de son époque, décrit le procédé ainsi :

Les Contrôleurs des Portes, qui sont deux, l’un à l’entrée du Parterre, et l’autre à celle des Loges, sont commis à la distribution des billetz de contrôle, pour placer les gens qui se presentent aux lieux où ils doivent aller, selon la qualité des billets qu’ils aportent du Bureau où ils les ont esté prendre. Ils ont soin aussi, que les Portiers fassent leur devoir, qu’ils ne reçoivent de l’argent de qui que ce soit, et qu’ils traittent civilement tout le monde[22].

Sourdéac et Champeron, qui sont mentionnés dans la liste des « frais ordinaires », avaient transformé l’Hôtel Guénégaud en salle d’opéra et en sont restés les propriétaires[23]. En 1673, lorsque les comédiens de l’ancienne troupe de Molière leur achetèrent le bail, ils devinrent des machiniste-sociétaires dans la nouvelle compagnie. Leurs relations avec les comédiens furent pourtant très mauvaises. Selon La Grange, ils incitèrent certains membres de la troupe à ne pas consentir à la préparation de Circé, ce qui aboutit à l’exclusion temporaire des comédiens en question. C’était à la fin de cette affaire, en février 1675, que la troupe fut contrainte de leur accorder des contrôleurs « pour avoir la paix et entretenir union », tout en refusant à Champeron le droit d’introduire son frère au bureau de la recette[24]. La solution ne fut que provisoire et deux ans plus tard la troupe prit la décision d’exclure les deux machinistes, ce qu’elle arriva à faire seulement au bout d’un long et fatigant procès[25].

Or, puisque les deux contrôleurs dont il est question dans la liste des « frais ordinaires » de 1675 ne furent en poste que depuis le mois de février, le personnel aurait été différent au moment de la création du Malade imaginaire au Palais-Royal et de sa première reprise à Guénégaud. Selon La Grange, en 1660 au Petit-Bourbon, Mme Gobert et Mlle L’Estang avaient reçu chacune 3 livres « pour la recepte et controlle » et semble donc avoir exercé les mêmes fonctions que Mme Provost et Mlle Hubert en 1675. Mais, en 1662, Mlle L’Estang devînt « receveuse » et ce fut « Mme Provost ou Nanon Brillard » elle-même qui débuta dans une fonction qui n’est pas indiquée mais qui était sans doute celle de « contrôleuse ».

Mlle L’Estang resta environ dix ans au bureau de la recette, puis épousa La Grange en 1672 et devint comédienne sous le nom de Mlle La Grange[26]. Ce fut sans doute à ce moment-là que Mme Provost la remplaça en tant que « receveuse ». Si Mlle L’Estang passa du bureau à la scène, Mlle Hubert, quant à elle, alla dans le sens inverse, puisqu’elle avait été comédienne au Théâtre du Marais, aux côtés de son mari, avant d’avoir la « charge des billets » à l’Hôtel Guénégaud en 1673[27]. Malheureusement, nous avons du mal à comprendre ce que cette phrase voulait dire. Dans les « frais ordinaires » de 1683, Mlles Hubert et Brécourt, qui semblent avoir travaillé alternativement, sont appelées « contrôleurs », mais nous ne pouvons pas dire que Mlle Hubert avait rempli la même fonction huit ans plus tôt. En 1683-1684 également, M. Dupin fut le « contrôleur du parterre », ce qui pourrait indiquer que Mlles Hubert et Brécourt furent les contrôleurs des loges. Mais « avoir la charge des billets » ne semble pas avoir été la même chose que d’être « contrôleur ».

À partir de 1683, la troupe essaya une succession de mesures différentes dans le but de réduire les désordres qui arrivaient assez régulièrement au bureau de la recette et aux portes de la salle. Tout d’abord, elle construisit un nouveau bureau à l’intérieur du bâtiment, et prit la décision :

… de faire faire un Tourniquet a la porte du parterre en dedans et d’y poster Monsieur Dupin pour y recevoir les billets, accompag[né] d’un garde qui empeschera qu’on ne force le tourniquet, et les gardes qui seront a la porte de la Rue ne laisseront entrer qui que ce soit sans billet. […] On a resolu que Mesdemoiselles hubert et Brecourt seront en dedans et qu’on leur fera une place Comode et une barriere sil est besoin dans lallée qui conduit aux loges[28].

L’année suivante, elle résolut de « prier Mr Dupin de se mettre a la porte des loges avec une des Mesdemoiselles l’une desquelles prendra la peyne de se mettre a la porte du parterre »[29]. Puis en 1685 :

La Compagnie s’est assemblee extraordinairement au sujet du desordre qui arrive a la Recepte de largent. On a Resolu de changer les postes pour aujourdhuy. Le fevre et Subtil se mettront au parterre. Les deux gardes du parterre se mettront a la porte des loges avec les deux demoiselles dont lune donnera les billets d’un escu, et lautre les billets de trente et de vingt sols. Mr Dupin se mettra a la petite loge des demoiselles pour prendre garde a l’amphitheatre et a la loge de Limonade et aux billets escrits a la main[30].

Il est certes difficile de suivre le personnel dans tous ces déplacements, mais au mois de décembre 1685 ce sont Mlles Brécourt et Guyot qui « controllent la porte des loges »[31], et elles sont encore là dans les « frais ordinaires » de 1687-1688, tandis que Dupin a été remplacé par M. de Longchamps.

La plupart de ces contrôleurs étaient d’anciens comédiens. Mlle Brécourt avait joué avec son mari dans diverses troupes à partir de 1659. Selon Mongrédien et Robert, elle se retira de la scène en 1687[32]; ces documents semblent indiquer cependant qu’elle avait cessé de jouer plus tôt. Mlle Guyot avait fait partie des troupes du Marais et de l’Hôtel Guénégaud avant de passer à la Comédie-Française. Elle prit sa retraite et devint contrôleuse en 1685. Elle est connue surtout pour avoir légué ses biens à ses camarades au moment de son décès, en 1692[33].

Dupin avait aussi fait partie de la troupe du Marais avant de passer à l’Hôtel Guénégaud, mais n’avait pas été retenu au moment de la création de la Comédie-Française[34]. Longchamps, quant à lui, était un ancien comédien de province, mais avec des liens de parenté importants – il était le frère du comédien Beauval, dont la femme avait créé certains des rôles féminins les plus célèbres de Molière[35], et le père de Mlle Raisin, qui serait plus tard la maîtresse du Dauphin[36]. En fait, c’est grâce à celle-ci qu’il eut son poste à la Comédie, comme la « feuille d’assemblée » pour le 8 avril 1687 nous l’indiquent :

Ce jourdhuy Monsr Dupin ayant quitté son poste du controlle du parterre qui est a trente sols de gages, la compagnie a tiré au sort pour disposer de la place dud. Sr Dupin, elle est tombée par le billet noir qui a esté tiré à Mademoiselle Raisin qui en a disposé en faveur de Monsr de Longchamps son père dont le choix a esté agreable à toute la Compagnie[37].

Nous voyons donc que ces postes étaient si recherchés que parfois on les briguait et qu’il fallait tirer au sort afin de partager entre les comédiens le droit d’en disposer. En fait, accéder à un poste de contrôleur ou d’ouvreur était un moyen excellent pour un(e) ancien(ne) comédien(ne) de suppléer à sa pension retraite et s’assurer une certaine sécurité financière dans sa vieillesse. Il faut dire aussi que les comédiens étaient très fidèles vis-à-vis des leurs, ce qui se voit aussi par les sommes qu’ils donnaient en « charité » à d’anciens comédiens. Par exemple, le 10 mai 1685 ils donnèrent cinq écus à M. de Hautefeuille, évidemment mourant, puisque cinq jours plus tard ils donnèrent encore 12 livres « a la pauvre Veuve du nommé hautefeuille ancien comedien par charité »[38]. On sent cependant que parfois leur patience était à bout, comme en 1688 quand ils ordonnèrent « deux louis d’or de Charité a Mlle pidou et un louis dor au sr Beabrun a condition quils ne reviendront plus »[39].

La femme de Longchamps, Charlotte Legrand, fut la fille du célèbre acteur comique Turlupin et avait joué avec son mari dans des troupes de province[40]. Au moment où son mari devint contrôleur du parterre, elle était déjà elle-même la souffleuse et bibliothécaire de la troupe, et, selon les « frais ordinaires » de 1683-1684, recevait 1 livre par représentation « pour tenir la pièce ». Quant à son activité de bibliothécaire, en 1682 et 1683, des exemplaires de pièces furent achetés et placés entre ses mains[41], et au mois de décembre 1685, la troupe déclara qu’il fallait enregistrer les titres des livres empruntés et que le coût des ouvrages non rendus serait déduit des parts des sociétaires coupables[42]. Le premier souffleur de la Comédie-Française avait été Saint-Georges qui avait auparavant travaillé à l’Hôtel de Bourgogne. Il fut remplacé en 1681 par un certain Boucher, et c’est sans doute lui qui céda la place à Mlle Longchamps[43]. Celle-ci fut l’une des rares femmes auteurs à avoir une pièce jouée à la Comédie-Française. Malheureusement, sa petite pièce intitulée Le Voleur ou Titapapouf ne fut pas bien reçue et ne fut donnée que trois fois en 1687. Nous ne connaissons pas le nom du souffleur de la troupe de Molière. Le concierge Dufors soufflait au besoin à l’Hôtel Guénégaud, comme l’indique un paiement du 10 janvier 1676[44], mais le souffleur est absent la liste des « frais ordinaires » de février 1675, tout comme le copiste (la personne qui copiait les rôles individuels dans les pièces nouvelles pour les distribuer aux acteurs)[45].

Portiers

Comme nous l’avons vu, Chappuzeau fait mention de la présence de deux portiers : l’un à la porte des loges et l’autre à la porte du parterre, et nous en trouvons effectivement deux dans la liste des frais ordinaires de 1675 : Duchemin à « la porte du parterre » et Subtil, sans doute à l’autre poste. Charles Duchemin était portier de profession et dans son contrat de mariage de 1671 il est décrit comme « portier au jardin et palais des Tuileries »[46]. En 1660 et 1662, ce fut le futur exempt Saint-Germain qui était à la porte du parterre au Petit-Bourbon et ensuite au même poste au Palais-Royal, tandis que Saint-Michel puis Gilbert Pigou s’occupait de celle des loges. La vie d’un portier de théâtre n’était pas facile. Au mois de mars 1661, Saint-Germain fut blessé et reçut 55 livres pour se faire soigner[47]. Quelques mois plus tard Gilbert Pigou et lui portèrent plainte contre un membre du public qui voulut entrer sans payer et devint violent, obligeant celui-ci de se défendre avec son épée[48]. Puis, en 1663, quand Pigou fut blessé, la troupe dépensa 16 livres 10 sols pour le faire panser[49].

Le nom de Subtil figure très régulièrement dans les registres de la troupe de l’Hôtel Guénégaud. Il faisait partie de ses fonctions d’aller chercher l’argent dû par les nobles qui avaient tendance à ne pas régler sur le champ, et des sommes lui furent payées à maintes reprises pour avoir été « quérir de l’argent ». Il reçut aussi 9 livres en 1675 pour avoir gardé la porte pendant les répétitions de Circé[50]. Il continuait à exercer ses fonctions à la Comédie-Française, où de 1683 à 1686, il était « à la porte du parterre », puis en 1687, dans le nouveau « bureau du parterre » pendant que Mme Provost continuait à occuper le bureau des loges [51]. En 1684, Subtil aussi fut « blessé a la teste en gardant la porte », et la troupe lui donna 44 livres « pour luy ayder dans sa maladie »[52].

Ouvreurs

Dans les frais ordinaires de 1675, il est question de quatre ouvreurs de loges anonymes, plus celui qui ouvre le théâtre et le sieur Barbier « qui ouvre l’amphithéâtre et fournit le théâtre de tapisserie et chaises ». En 1660, La Grange identifie certains des ouvreurs au Petit-Bourbon : Brouart, La Genty et le couple Brillard (le père et la mère de Mme Provost). Brouart était peut-être un parent de Jeanne-Françoise Brouard, la demie sœur de Mlle De Brie, qui épousa Jean Baraillon, le costumier de la troupe de Molière en 1672[53], si ce n’est pas Jeanne-Françoise elle-même, puisqu’il n’est pas toujours facile de distinguer les sexes à travers les références inscrites dans les registres.

Daniel Brillard était encore attaché à la troupe de Molière en 1672, puisqu’il est mentionné dans le registre d’Hubert[54]. Et sa femme (ou sa veuve) continuait à travailler à l’Hôtel Guénégaud et à la Comédie-Française, où elle fut ouvreuse pour les secondes loges en 1683-1684. Nous voyons jusqu’à quel point ces postes étaient convoités par la feuille d’assemblée du 1 février 1683, où il est noté que « l’on a résolu de delliberer de la place de La Brillard apres sa mort et point [avant] ». Et ce n’était que l’année suivante que :

La Compagnie [nomma] Mademoiselle de Rosimont pour ouvrir ou faire ouvrir le Rang des secondes loges du costé de la Reine qui estoient cydevant ouvertes par la defuncte Brillard […][55].

Mlle Rosimond était la femme de l’acteur comique de ce nom, et avait elle-même joué à l’Hôtel Guénégaud dans Le Festin de pierre, adaptation par Thomas Corneille du Dom Juan de Molière[56]. Elle était déjà employée par la Comédie-Française au moment où elle fut nommée à la place de Mme Brillard, puisqu’elle reçoit 1 livre par jour de représentation dans les frais ordinaires de 1683-1684, et remplaçait peut-être Mme Brillard déjà malade.

En 1683-1684, les ouvreurs pour les loges furent [Mme] La Pierre, peut-être la femme du copiste de la troupe ou d’un charpentier du même nom (voir plus bas)[57] ; [Mme] Châteauneuf, la veuve de Henry Réveillon Châteauneuf qui avait joué en tant que figurant chez Molière et à Guénégaud[58] ; La Hermand ; et [Mme] Dubreuil. Celle-ci fut la femme d’un décorateur dont nous parlerons plus bas.

À partir de 1685-1686, il n’y avait non pas quatre ouvreurs de loges mais cinq : deux pour les premières loges, deux pour les secondes et un pour les troisièmes. Les troisièmes loges consistaient en une galerie plutôt que des loges proprement dites, ce qui pourrait expliquer le fait qu’il n’y fallait qu’un seul ouvreur. Rappelons-nous aussi que ce n’était qu’en 1672, au moment de la création de Psyché, qu’un troisième rang de loges fut ajouté au Palais-Royal[59]. Ainsi, il n’y aurait pas eu besoin d’un cinquième ouvreur avant cette date. Par contre, des places furent prises aux troisièmes loges à l’Hôtel Guénégaud dès la toute première représentation, et nous avons donc du mal à comprendre pourquoi il n’y a que quatre ouvreurs dans les frais ordinaires de 1675.

En 1687, Mme Châteauneuf partagea ses fonctions avec une certaine Mme St Louis, et quand celle-ci décéda, la troupe procéda comme d’habitude à un tirage au sort :

La Compagnie a disposé de la place vacante de la St Louis qui est Morte en faveur de Me Raison sœur de Mademoiselle Guyot qui en a prié la Troupe a la charge que lad Raison  donnera par chaqu’un jour de service cinq sols a Jean Garçon lun de nos Decorateurs sur les vingt sols que la Compagnie donne de Gages pour lad Place et a Condition que lad Raison servira regulierement et alternativement avec mademiselle de Chateauneuf et que Raison son mari entretiendra les portes des loges de son rang de serrures et de clefs ainsy quils y sont offerts[60].

Raison (le mari) avait été auparavant employé par la troupe de l’Hôtel Guénégaud et recevait des sommes aussi pour la préparation de certaines productions à la Comédie-Française, parmi lesquelles L’Opérateur d’un auteur anonyme et Le Mariage de Bacchus et d’Ariane de Donneau De Visé[61]. Nous savons également qu’au cours de la dernière saison pendant laquelle la Comédie-Française occupa l’Hôtel Guénégaud, 1688-1689, une des ouvreuses des secondes loges fut Mme Mousset, la femme d’un des « portefaix » de la troupe, car quand elle décéda au mois de décembre 1688, il y eut encore une fois un tirage au sort et ce fut Mlle Dancourt qui gagna le droit de choisir son remplaçant[62].

Le nom de l’ouvreur du théâtre ne fut pas donné en 1675, mais en 1685-1686, 1686-1687 et 1687-1688 cette fonction était remplie par Mlle La Roque, qui nous avons déjà rencontré remplaçant Mme Provost en tant que receveuse en 1686. Par contre, l’ouvreur de l’amphithéâtre en 1675 s’appelait Barbier. Il s’agit probablement de Claude Barbier, le cousin de Molière, qui avait longtemps travaillé avec lui. Il n’est donc guère étonnant de le voir fournir de la tapisserie pour la troupe, puisque c’était le fils d’un tapissier d’Amiens qui avait été lui-même apprenti au père de Molière[63], et un mémoire pour de la tapisserie signé « Barbier » est inclus parmi les « Documents sur Le Malade imaginaire »[64]. Barbier travaillait également comme afficheur et même comme figurant au besoin, et quand la troupe de la Comédie-Française faisait des « voyages » pour jouer à la cour, il l’accompagnait monté à cheval, jusqu’en 1687 quand il prit sa retraite[65]. En fait, c’est sans doute à cause de cette fonction, et les absences qui en résultait, qu’en 1683-1684 il partagea sa fonction d’ouvreur avec un certain M. de La Traverse. On aurait pu pensé qu’il s’agissait de Jacques de La Traverse, le père du comédien Sévigny, sauf que selon Mongrédien et Robert celui-ci décéda avant 1675[66]. Ce partage continua jusqu’en 1685 au moins, car il est noté dans une feuille d’assemblée qu’« il est défendu à Mrs la traverse et Barbier de laisser entrer les laquais et les servantes à l’amphithéâtre »[67]. Barbier fut de temps en temps aidé par sa femme ; et son fils, « le petit Barbier », figura dans Circé comme « petit voleur », remplaçant un autre qui avait été blessé[68].

Musiciens

Les frais ordinaires de 1675 comprennent six « violons » ou musiciens à 1 livre 10 sols chacun, ce qui donne un total de 9 livres. Ceci représente une augmentation à travers le temps, car la troupe de Molière avait payé 4 livres 10 sols pour un nombre non spécifié de musiciens en 1660, et en 1662 quatre « violons » avaient reçu 6 livres. Nous voyons donc de  façon concrète que la musique était de plus en plus appréciée par le public théâtral et comment les troupes répondaient à cet engouement[69]. Les frais « extraordinaires » payés à chaque représentation du Malade imaginaire nous permettent d’identifier certains de ces musiciens et nous y reviendrons plus loin. En 1683-1684, les comédiens osèrent augmenter l’effectif de l’orchestre en payant sept musiciens par représentation, ce qui était en contravention des ordonnances promulguées afin de favoriser l’Académie royale de musique de Lully et qui les limitaient à six musiciens. En 1685-1686, ils retournèrent au respect des règles.

Décorateurs

Les frais ordinaires de 1675 font mention de deux décorateurs anonymes. Les décorateurs à l’Hôtel Guénégaud se nommaient en fait Gilles Crosnier et Dubreuil. Comme nous l’avons vu, la femme de Dubreuil sera plus tard employée par la Comédie-Française. Nous trouvons également plusieurs membres de la famille Crosnier associés aux troupes de Molière, de l’Hôtel Guénégaud et de la Comédie-Française, parmi lesquels Gilles Crosnier (le décorateur), sa femme et son père[70]. Nous ne connaissons pas la date du décès de Gilles Crosnier, mais sa veuve se remaria en 1681 et continua à travailler au théâtre en tant que femme de ménage, remplissant les tonneaux[71], ôtant les neiges et nettoyant au besoin. Ainsi, en 1683-1684, elle reçut 15 sols par jour de représentation « pour balayer la rue », c’est à dire devant le théâtre. Mais à partir de 1685-1686 c’était au concierge Dufors de « faire nettoyer ». Un mémoire de Crosnier figure parmi les « Documents sur le Malade imaginaire »[72]. Tout comme le fils de Mme Provost, la fille de Mme Crosnier figura dans certaines pièces, parmi lesquelles La Rapinière à la cour en 1683 et Le Fou de qualité à Paris en 1686[73]. Il s’agit probablement de Catherine Crosnier dont les parents se marièrent en 1677. Quand Mme Crosnier prit sa retraite vers 1707, la troupe lui attribua une pension de 300 livres par an et dans les quittances qu’elle donna jusqu’en 1720, qui sont conservés à la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, l’on voit son écriture devenir de plus en plus faible[74].

Un autre décorateur associé à la troupe de Molière fut Mathieu, mentionné dans le registre de La Grange en 1660. À la Comédie-Française, de 1683-1684 à 1687-1688, les deux décorateurs furent Champagne et Dufors. Champagne fut le nom de guerre de Michel Laurent, célèbre en tant que continuateur du Mémoire de Mahelot, et qui avait été décorateur à l’Hôtel de Bourgogne avant de passer à la Comédie-Française[75]. Décédé en 1688, son fils Charlot, le « petit Champagne », lui succéda dans ses fonctions, avec une période d’essai de six mois[76]. Deux ans avant sa mort, Champagne présenta « un bouquet a la trouppe pour la St Genest » et la compagnie montra sa reconnaissance en donnant 6 livres à lui et 3 livres à Jean Garçon qui, selon les frais ordinaires de 1687-1688, était le « sous décorateur »[77]. Dufors, quant à lui, avait été concierge à l’Hôtel Guénégaud et doublait les deux fonctions de décorateur et concierge à la Comédie-Française, comme l’indiquent les frais ordinaires de 1687-1688[78].

Il était traditionnellement permis aux décorateurs de revendre les bouts de chandelle aux chandeliers, ce qui contribuait à leurs revenus[79]. En 1688, la troupe résolut que Jean Garçon jouirait seul de ce bénéfice pendant les six mois d’essai du « petit Champagne » :

Et a lesgard des bouts de chandelle la compagnie les accorde a Jean garçon pendant lesd six mois se reservant a les reprendre pour les rejoindre auxd gages sil arrive que l’on dellibere de disposer de lad place et lesd gages d’un [sic] autre manière et ainsy que la Compagnie le trouvera[80].

Nous savons que le poste de Champagne fut prolongé au-delà des six mois car en 1689, après le transfert de la troupe dans la nouvelle salle, il « remontra » :

… que les bouts de chandelles sont attachez a lemploy du decorateur dont la compagnie la gratifié et neantmoins que Garçon en a joüy jusquicy. Lassemblée a Resolu que les bouts de chandelles dont jouissoit feu champagne seront partagez egalement entre lesd champagne et Garçon a commancer daujourdhuy.

Mais la troupe se réserva le droit d’exploiter cet avantage afin d’assurer la bonne conduite des deux employés :

La Compagnie se reservant d’en disposer a Pasques prochain comme elle le trouvera bon suivant les bons services de l’un ou de l’autre[81].

Et vers la fin de l’année elle décida (un peu méchamment) que les décorateurs payeront ce privilège :

La Compagnie a Reglé qua Commancer daujourdhuy les decorateurs seront tenus de fournir les Chandelles pour eclairer les deux foyers et les entrées desd foyers sans aucune Retribution attendu quils ont le profit des chandelles du Theatre qui ont esté augmenté Considerablement depuis le nouvel establissement[82].

Comme ces documents le suggèrent, les relations entre les différents membres de l’équipe n’étaient pas toujours ce qu’on aurait souhaité. Il est intéressant donc de voir qu’en 1687 la compagnie condamna « la Crosnier a une amande de 1 : 10 s pour avoir donné un soufflet a Champagne, attendu que les gagistes se doivent plaindre a lassemblée et quil leur est deffendu de fraper »[83]. Mais Champagne père n’était pas lui-même sans faute, et une année auparavant il avait été condamné à payer « un Escu a Mousset pour l’avoir battu ». Il semble cependant que la paix fut bientôt rétablie, car une note en marge indique que « Mousset a rendu lescu a Champagne »[84]. En même temps, un jeu de mots gribouillés par le comédien Le Comte au mois de décembre 1689, indique les bonnes relations qui existaient entre Mme Crosnier et lui : « Defences a ceux quy font le comte d’oublier Mr et Mlle de Rosélis sur peine d’amende a la prasline ou lisse au choix de la Crosnier »[85].

Concierge

En 1660, la concierge au Petit-Bourbon fut Marie de Saint-Aubin, la « servante » de Giacomo Torelli, le célèbre décorateur de la troupe italienne avec laquelle la troupe de Molière partageait le théâtre[86]. Deux ans plus tard, c’était un certain Chrestien qui remplissait les mêmes fonctions au Palais-Royal, tandis qu’à l’Hôtel Guénégaud c’était le futur décorateur Dufors, aidé par sa femme. Quand Dufors prit sa retraite en 1711, la troupe lui accorda une pension de 500 livres par an jusqu’à sa mort, notant que par la suite sa femme recevrait 300 livres par an jusqu’à sa propre mort[87]. Et ce malgré le fait qu’en 1697 la compagnie avait attaqué Dufors en justice pour avoir volé et vendu « plusieurs toiles et draps et autres ustensiles » qu’il avait trouvés au théâtre[88].

Dufors était responsable pour la propreté de la salle de l’Hôtel Guénégaud (sans doute Mme Crosnier travaillait à ses ordres) et la plupart du temps, c’était lui qui allumait le feu pour chauffer la salle (1685-1687). En 1683 par contre c’était Mme Raguenet qui recevait 16 sols par représentation « pour allumer le feu ». Il s’agit de la femme d’un des chandeliers de la troupe dont le fils, Jean-Baptiste Raguenet, allait devenir célèbre comme acteur et auteur forain[89]. De 1685 à 1686, Mme Raguenet fournissait aussi de la tisane pour la troupe à raison de 16 sols par jour, remplaçant peut-être Mme Crosnier qui en avait préparé en 1680[90].

Lampes

Le paiement de 1 livre par représentation « pour les lampes » aurait été pour les avoir remplies, puisque des lampes à l’huile étaient parfois utilisées pour suppléer à l’éclairage plus habituelle à la chandelle de suif. De la même façon, 2 livres furent payées « à la Duchemin pour les lampes » en 1683-1684, et en 1687-1688 elle reçut 1 livre « pour entretenir les lampes ». Quand Mme Duchemin se retira « sans en advertir » au mois de juin 1703, elle fut décrite comme ayant eu « le soin du bois et de la chandelle » – c’est-à-dire, le bois pour le chauffage.[91] Comme nous avons vu, un certain Duchemin, sans doute son mari, avait été à la porte du parterre en 1675, et la question se pose de savoir s’ils ne sont pas les parents de Marie Duchemin qui en 1710 épousa Gautier de Saint-Edmé et devînt elle-même entrepreneur forain[92].

Portefaix

Mousset était l’un des trois « portefaix » des Comédiens Français (les autres étaient Bedouin et Lucas)[93]. Une « feuille d’assemblée » de 1686 explique comment il fallait diviser le travail lorsqu’une partie de la troupe était à la cour :

Il a esté resolu que les portefais de la trouppe qui sont trois, Mousset Bedouin et Lucas que lors qu’on ira a la cour, il y aura un des trois portefais qui restera paris [sic] pour porter les paquez, les deux autres qui iront a la cour donneront chacun dix sols a celuy qui restera a paris[94].

Mousset semble avoir eu une responsabilité particulière pour les costumes, puisque dans les frais ordinaires de 1686-1687 et 1687-1688, il reçut 15 sols par représentation « pour porter les hardes ». Bedouin et sa femme avaient également travaillé pour la troupe de l’Hôtel Guénégaud, où le « portefaix » principal était Le Breton[95]. En ce qui concerne Lucas, nous le retrouvons d’abord s’occupant du cheval qui avait tenu le rôle de Pégase dans l’Andromède de Pierre Corneille. Ainsi, à la fin de cette reprise, la troupe prit la décision :

… de mettre le petit cheval qui a servy a la piece Dandromede chez Monsieur Le Baron qui veut bien que son cocher en ayt soint et en mesme tems on donne congé a Lucas qui pensoit led petit cheval[96].

Engagé de nouveau, il ne semble pas avoir eu beaucoup de chance, car en 1686 il est noté que « Lucas estant incapable quand [sic] a present de rendre service a la compagnie a son ordinaire, Bedouin continuera de servir a sa place, jusqua nouvel ordre »[97]. Puis en 1688, la troupe résolut de « payer 15# au Chirugien qui a pensé Lucas blessé au bastiment »[98], sans doute pendant l’aménagement de la nouvelle salle.

Afficheur

La seule personne identifiée comme afficheur est le sieur Barbier qui « ouvrait » aussi l’amphithéâtre et fournissait de la tapisserie. Bien qu’il ne soit pas nommé dans la liste des frais ordinaires de 1675, il reçut 12 livres au cours de cette même saison « pour avoir affiché six fois » et son « homme » reçut 2 livres de plus[99].

Autres associés

Un dernier gagiste mentionné dans les listes des frais ordinaires est « Charles » – valet commun de la troupe en 1660 et 1662 qui aurait sans doute aidé les comédiens à s’habiller. En dehors de ces listes, d’autres personnes jouaient un rôle important dans la vie quotidienne de nos compagnies sans être précisément des salariés. Parmi celles-ci nous trouvons deux chandelières, Mme Maincar ou Mécard et Mme Cauveau ou Caverot, qui étaient en quelque sorte les caissières de la troupe. Ainsi, à la fin de chaque représentation, tandis que des sommes destinées à régler les frais majeurs furent mises « entre les mains » de La Grange puis Le Comte, les « restes de la chambrée » furent données à Mme Mécard puis Mme Caverot qui payaient les gagistes et fournisseurs de la troupe. Comme nous allons le voir, ces frais étaient particulièrement grands au moment de la production d’une pièce à grand spectacle, et au cours de la saison 1682 Mme Maincar payait non seulement les employés et fournisseurs qui avaient contribué à la préparation de l’Andromède de Pierre Corneille, mais organisait également l’impression des « livres de sujet » qu’on vendait pour accompagner la représentation.

Peu de temps après, la troupe essaya de changer cette procédure, déclarant qu’elle avait :

… resolu que [« Monsieur de » biffé] lun de la compagnie se chargira [sic] des restes des Chambrées qui se mettoient cy devant entre les mains de Me Maincar. Monsr le Conte s’en est chargé jusques a pasques et Made Maincar rendra son compte au plustost de ce quelle a receu jusques a present[100].

Néanmoins, dès 1684, nous trouvons Mme Caverot remplissant la même fonction que celle de Mme Maincar auparavant. S’agissait-il d’un manque de confiance dans les deux femmes ? Peut-être, mais une indication de l’estime de la troupe vis-à-vis de Mme Caverot au moins se voit dans le don qu’on lui fit en 1687 d’« une escuelle d’argent » de la valeur de 116 livres[101].

Le Malade imaginaire

Les frais ordinaires nous indiquent combien de personnes étaient présents dans le théâtre à chaque représentation d’une pièce « simple », et même pour celles-ci il fallait souvent des figurants supplémentaires. Mais pour une pièce à grand spectacle, le personnel requis était bien plus considérable : par exemple jusqu’à 120 personnes à chaque représentation de Circé au mois de mars 1675[102]. Puisque nous avons pris comme point de départ la nuit fatidique de la mort de Molière, survenu le 17 février 1673, examinons maintenant combien de personnes il fallut pour une représentation du Malade imaginaire.

Création

La liste détaillée des frais pour chaque représentation du Malade imaginaire au moment de sa création ne figure pas dans le « Registre d’Hubert » qui couvre la saison 1672-1673, ni parmi les documents analysés par Édouard Thierry[103]. Les seules informations que nous ayons viennent de La Grange :

Les frais journaliers ont esté grands a cause de douze violons a 3 l, douze danseurs [a] 5 l 10 s, 3 symphonistes a 3 l, 7 musiciens ou musiciennes dont il y en a deux a 11 l les autres a 5 l 10 s recompense a Mrs Beauchamps pr les ballets a Mr Charpentier pour la musique, une part a Mr Baraillon pr les habits ainsy lesd. frais se sont montez par jour a 25o l[104].

Chose curieuse, les chiffres donnés par La Grange sont contredits par l’« Estat de la recette et de la despence » publié par E. Thierry, qui comprend un paiement de 63 livres pour des escarpins pour « seize danceurs, trois musiciens et deux sauteurs »[105]. Ces documents nous révèlent néanmoins l’identité de certains des ouvriers qui avaient travaillé aux décors : Louis, Le Clerc, Caron et Jacques Portrait (menuisiers) et La Pierre (charpentier)[106] ; et Louis et Caron au moins étaient plus tard employés à l’Hôtel Guénégaud. Nous trouvons également les noms de certains des fournisseurs de la troupe, parmi lesquels Mme Verteville (lingère) ; Desgroux (marchand de bas) ; Lalouette (marchand de « plaques ») [107]; Guiller (plumassier) ; Baraillon (costumier) ; Durivet (serrurier) ; Prévost et Jeanne Magoullet (chandeliers) ;  Pierre Desgroulx (bonnetier) ; François Crevon et Jeanne Magny sa femme (marchands de ruban) ; Angélique Bourdon, la veuve Vaignard (accessoires) ; André Boudet et Barbier (tapissiers) ; Anthonine Salmon (nattière) [108]; Germaine Boisse (marchande de toiles) ; et Élisabeth de Rone (papetière) [109]. Là aussi, certains des noms vont revenir à maintes reprises dans les registres de l’Hôtel Guénégaud et de la Comédie-Française. Notons également les noms des gens qui fournissaient « pain et vin » pour les diverses répétitions : Mme La Forest (musique et « pour les Demoisselles »), Boyvin, Mme Boury (danseurs)[110]. Mais, comme nous l’avons indiqué, une étude des fournisseurs de nos trois troupes dépasserait les limites de cet article et nous sommes obligée donc de laisser cette piste de côté.

Pour la plupart, les gens qui participèrent à la création du Malade imaginaire restent anonymes. Nous pouvons cependant identifier deux des chanteurs, Mlle Marion et Poussin, grâce aux documents publiés par E. Thierry. Une indication quant à leurs rôles est fournie par le fait qu’il fallait « une autre garniture pour Madlle Marion, à cause de son habit de Moresque » et des « souliers pour Mr Poussin en femme » [111]. Le fait que les chanteurs comprenaient des femmes est indiqué par plusieurs références aux « demoiselles qui chantent » [112]. Deux autres femmes mentionnées dans les Documents qui auraient sans doute figuré sont Mlles Mouuam [Mouvant ?] et Ducreuzy, sans doute Angélique Du Croisy qui allait bientôt faire partie de la troupe de l’Hôtel Guénégaud[113]. En ce qui concerne les musiciens, quand Jean Converset, Jacques Duvivier et Pierre Marchand signèrent un acte d’association le 14 février 1673, ils se disaient « presentement occuppez au pieces et commedies du sieur de Molliere »[114]. Mlle Marion allait disparaître de la scène (nous trouvons peut-être une indication de son talent dans le fait qu’un certain M. Crespin fut engagé pour lui apprendre son rôle)[115], mais Poussin était ensuite associé avec la troupe de l’Hôtel Guénégaud et interpréta des rôles dans Circé et L’Inconnu, une autre pièce à grand spectacle de Thomas Corneille et Jean Donneau De Visé. De la même façon, les trois « violons » mentionnés ci-dessus firent partie aussi de l’orchestre de l’Hôtel Guénégaud.

Frais journaliers, 1674

Quand Le Malade imaginaire fut repris à l’Hôtel Guénégaud au cours de la saison 1674-1675 une liste détaillée des frais journaliers fut inscrite dans le registre de la troupe. Il est intéressant donc de comparer cette liste avec les chiffres donnés par La Grange et, puisque nous savons que beaucoup des employés suivirent la troupe du Palais-Royal à l’Hôtel Guénégaud, tenter de donner des noms à des personnes qui auraient travaillé dans les différentes catégories. En même temps, nous pouvons remplir certains des blancs présents dans les frais ordinaires de 1675.

Le registre pour la saison 1674-1675 contient en fait deux versions de la liste des frais journaliers pour Le Malade imaginaire à quelques jours de distance, et nous avons suggéré qu’elle fut modifiée au cours des répétitions[116]. Nous donnons ici la deuxième version, en indiquant les différences avec la première dans les notes.

 

Musique
Mlle Babet 5 l 10 s
M. Bourdelou 5 l 10 s
M. Carles 5 l 10 s
M. Delaporte 5 l 10 s
Duvivier 3 l
Marchand 2 l 5 s
Converset 2 l 5 s
Dufresne 3 l
Courcelles 3 l
Dumont 1 l 10 s
Assistants
La Montagne 3 l
Nivelon 2 l 5 s
Dufors 3 l
Lefèvre 2 l 5 s
Froison 1 l 10 s
Montenot 1 l 10 s
Coupet 1 l 10 s
Chaumont 1 l 10 s
Lefèvre des Italiens 1 l 10 s
Buterne 1 l 10 s
Greneteau 1 l 10 s
Contois 1 l 10 s
Lionce 1 l
François le porteur des violons 1 l 10 s
2 sauteurs 6 l
3 menuisiers 6 l
7 manœuvres 7 l
2 laquais, 2 décorateurs 3 l

 

Ceci représente donc une diminution importante vis-à-vis des chiffres donnés par La Grange, au moins en ce qui concerne la musique : au moment de la création, rappelons-nous, il y avait eu apparemment sept chanteurs, quinze membres de l’orchestre dont trois « symphonistes », douze danseurs, et un total en frais ordinaires de 250 livres. En 1674, par contre, il n’y avait que deux chanteurs et huit musiciens, mais quatorze danseurs, appelés judicieusement « assistants », et deux sauteurs pour un total de 87 livres 16 sols[117]. L’utilisation du terme « assistant » s’explique par le fait qu’il avait été défendu aux compagnies théâtrales de n’employer aucuns danseurs. Ailleurs dans les registres, nous trouvons le terme « marcheur » que nous avons également interprété comme un moyen de contourner ce règlement[118].

Mlle Babet était chanteuse et danseuse. À notre connaissance, c’est l’unique fois où elle jouât avec la troupe de l’Hôtel Guénégaud, mais c’est sans doute elle qui figura dans L’Inconnu joué par la Comédie-Française à Versailles en 1681 et qui chanta dans Le Bourgeois gentilhomme en 1684[119]. Il serait tentant de voir dans ces références les débuts d’Élisabeth Danneret, dite « Babet la chanteuse », qui allait épouser le comédien italien Evaristo Gherardi[120], mais elles sont beaucoup trop précoces. Encore plus déroutant est le fait qu’une deuxième Babet figure dans les registres quelques années plus tard, dansant dans Le Malade imaginaire « à la place de Ballon » en 1688, et dansant encore dans la même pièce en 1689[121]. C’est au moment de cette dernière figuration que nous apprenons qu’elle s’appelait Babet Dufors, ce qui nous amène à nous demander s’il s’agit de la fille du concierge-décorateur. La mention de « Ballon » est aussi intéressante – pourrait-il s’agir de la mère du célèbre danseur Claude Ballon, né en 1671 ? La présence du nom de Bourdelou à côté de celle de Babet dans la liste des frais journaliers semble indiquer qu’il était lui aussi chanteur. La partition de Charpentier pour Le Malade imaginaire fait mention, non pas de Bourdelou, mais de Mlle Babet et de M. Poussin[122], mais celui-ci, qui allait chanter dans Circé et L’Inconnu à l’Hôtel Guénégaud, n’est pas mentionné dans les registres de cette troupe par rapport au Malade imaginaire.

Les huit personnes dont les noms suivent celui de Bourdelou sont tous membres de l’orchestre. André Carles (ou Carle André) était joueur de théorbe et Delaporte claveciniste. Jacques Duvivier, Pierre Marchand, Jean Converset, et Dumont étaient des joueurs de violon qui avaient auparavant travaillé pour la troupe de Molière et participé à la création à la cour de Psyché[123]. Duvivier et Dumont sont aussi mentionnés dans la partition de Charpentier pour Le Malade imaginaire et Duvivier dans celle des Amours de Bacchus et d’Ariane de Donneau De Visé[124]. Dufresne et Courcelles aurait donc été également des musiciens. À l’Hôtel Guénégaud, ils fournirent de la musique pour Circé (Converset, Marchand, Duvivier, Dumont, Courcelles), L’Inconnu (Converset, Marchand, Duvivier, Dumont, Dufresne, Courcelles, Delaporte, « Carle André »), L’Amour médecin (Converset, Marchand), Dépit amoureux (Converset), Monsieur de Pourceaugnac (Converset, Marchand, Duvivier), Amphitryon (Converset), Le Misanthrope (Dumont), Le Festin de pierre (Converset)[125]. Duvivier joua aussi lors des répétitions de L’Inconnu[126]. Dans la première version des frais pour Le Malade imaginaire, il est indiqué que Duvivier, Marchand, Converset et Dumont furent responsables des « ritournelles »[127], tandis que le nom de Dufresne est suivi du mot « extraordinaires ». Nous trouvons des paiements à Converset dans les registres de la Comédie-Française jusqu’en 1684. Pierre Marchand, quant à lui, resta avec la troupe jusqu’en 1703 quand il la quitta pour rejoindre la « musique » du duc d’Orléans et fut remplacé par Gilliers[128]. Il est alors décrit comme joueur de basse. Parmi les frais nécessités par une représentation du Malade imaginaire à Versailles en 1686, nous trouvons « le petit Courselle », sans doute le fils du musicien[129]. Notons surtout à propos du Malade imaginaire que l’orchestre de 1674 fut composé de huit musiciens quand les compagnies théâtrales étaient en principe limitées à six musiciens et deux chanteurs à cause des ordonnances promulguées en faveur de Lully que nous avons déjà mentionnées[130].

Danseurs

En ce qui concerne les « assistants », Pierre de La Montagne était danseur et chorégraphe. À l’Hôtel Guénégaud, il participa à la représentation du Bourgeois gentilhomme, du Dépit amoureux, de Monsieur de Pourceaugnac, de Circé et de L’Inconnu. Son fils, « le petit La Montagne » figura dans Le Bourgeois gentilhomme et L’Inconnu. Les deux furent également associés avec la Comédie-Française où en 1687 il ne s’agissait plus du « petit La Montagne » mais de « M. de La Montagne fils »[131]. Nivelon figura dans Le Malade imaginaire en tant que danseur et contribua aussi dans cette capacité à Circé et à l’Amphitryon, mais il était aussi musicien — son nom est donné dans la partition de Charpentier pour Le Malade imaginaire et il avait participé à la représentation à la cour de Psyché[132]. Nous le retrouvons dans les registres de la Comédie-Française, dansant dans Le Malade imaginaire à Versailles aux côtés de Barbier, la Montagne et « le petit Courselle »[133]. Est-ce le même Barbier qui avait tant contribué aux troupes de Molière et de l’Hôtel Guénégaud ? Nous n’oserons pas nous prononcer. De la même façon, nous retrouvons le nom de Dufors parmi les « assistants » du Malade imaginaire, et un « Dufors » figura aussi dans Circé, mais nous ne sommes pas en mesure de savoir s’il s’agit du concierge-décorateur lui-même, d’un parent ou de quelqu’un d’autre sans aucun lien avec la famille. Il semble que Nivelon termina sa carrière à la foire, car la troupe d’un certain Louis de ce nom y joua entre 1707 et 1711 et son chef est décrit par les frères Parfaict comme « l’un des meilleurs danseurs pantomimes qui aient paru aux foires »[134].

Quant aux Lefèvre, deux personnes de ce nom travaillaient de temps en temps avec la troupe de l’Hôtel Guénégaud : celui « des Français » et celui « des Italiens », c’est-à-dire qu’il était un des gagistes de la troupe italienne avec laquelle les Français partageaient leur théâtre. Ils figuraient tous les deux dans Circé aussi bien que dans Le Malade imaginaire[135]. En fait, un tel échange de personnel entre les deux troupes semble avoir été habituel et, en 1674, La Montagne « assista » dans la pièce italienne du Baron de Foeneste[136]. Froison (quelquefois écrit « Fonton ») figura aussi dans Circé et Le Comédien poète de Thomas Corneille et Montfleury. De la même façon, Coupet joua dans Le Bourgeois gentilhomme et Circé, et François « le porteur des violons » participa au Bourgeois gentilhomme et Les Aventures et le mariage de Panurge de Montauban. Sylvie Chevalley identifie dans celui-ci non seulement le « François » du Premier Registre de La Thorillière mais le François Loriau dont un mémoire figure dans Les Documents du Malade imaginaire, mais à notre avis il n’y a pas suffisamment de preuves pour en être sûr[137]. Dans la première liste des frais ordinaires, il est indiqué que La Montagne, Dufors et Lefèvre étaient aussi responsables « pour la conduite ».

Sauteurs

Les seuls sauteurs associés avec la troupe de l’Hôtel Guénégaud à notre connaissance étaient les Allard (Charles et ses deux fils, Charles et Pierre) ; et nous trouvons le nom du père dans les registres à propos du Malade imaginaire et du Comédien poète. Mais Allard ne participa pas dès le début à la reprise du Malade imaginaire, car on nota le 7 décembre 1674 que les frais ordinaires avaient été augmentés à cause de l’inclusion de M. Allard, et il reçut encore 5 livres 10 sols lors de la représentation suivante[138]. Nous ne sommes pas en mesure de savoir si Allard avait joué dans la pièce au moment de sa création au Palais-Royal. Nous avons cependant suggéré que Allard et sa troupe aurait figuré dans Circé à l’Hôtel Guénégaud, quand les sauteurs recevaient 40 livres par représentation, et que c’était précisément à cause de sa collaboration avec la troupe que Thomas Corneille et Donneau De Visé avaient pensé développer cet aspect de leur spectacle. La troupe de Allard et de son associée Maurice Vondrebeck, appelée La Troupe des Forces de l’Amour et de la Magie, allait devenir célèbre, jouant aux foires et devant le roi en 1678 et 1679[139].

Manœuvres

Dans la première liste des frais ordinaires, les sept manœuvres sont identifiés ainsi : M. Barbier, François, La Brie, Crosnier l’aîné, Des Barres, De Vienne, Le Breton. Est-ce le même Barbier qui ouvrait, affichait et figurait ? Nous avons du mal à le croire, même si l’utilisation du « Monsieur » le suggère. Par contre, nous avons peut-être trouvé ici le François Loriau des Documents sur le Malade imaginaire, si ce n’est pas François Lacoste ou même François Baptiste, puisqu’ils ils ont tous les trois travaillé plus tard comme manœuvres sur Circé. Crosnier l’aîné était le père du décorateur, tandis que Le Breton était le « portefaix » de la troupe de l’Hôtel Guénégaud. Quant à Des Barres, il était ouvrier et tailleur, et nous retrouvons son nom assez souvent dans les registres aussi bien que celui de sa femme. Celle-ci partageait une pièce avec les gardes et nous avons suggéré qu’elle aurait pu être préposée aux vestiaires[140]. Par contre, c’est la seule mention que nous ayons trouvée de De Vienne, et le seul La Brie dont il est question ailleurs dans les registres est un cocher.

Figurants

Ce qui pourrait surprendre, c’est qu’il n’y a aucune mention dans la liste des frais journaliers de la figurante qui aurait joué le rôle de Louison. En fait, l’actrice en question fut payée plus tard, recevant 12 livres pour quatre journées le 11 mai[141]. En 1673, Louison avait été jouée par Louise-Geneviève Beauval, âgée de huit ans, la fille de M. et de Mlle Beauval. Mais ses parents avaient quitté le Palais-Royal après la mort de Molière et il fallait donc trouver une nouvelle jeune actrice pour tenir le rôle. C’est pour cette raison que la troupe se trouva obligée d’acheter un nouveau costume, dont le détail est donné dans le registre[142]. Il n’y a pas de preuves quant à l’identité de la remplaçante, mais nous avons suggéré que le rôle aurait probablement été pris par Élisabeth-Jeanne, « la petite Mlle Dupin », qui allait jouer des rôles importants dans L’Inconnu, Le Triomphe des dames et Le Festin de pierre de Thomas Corneille avant de disparaître de la scène[143]. Quant à Louise-Geneviève Beauval, elle devint comédienne, mais sa carrière est assez difficile à suivre, puisqu’elle épousa Jacques Bertrand en 1683, Jacques Deshayes en 1685 et le comédien Beaubourg en 1694 et donc joua sous trois noms différents[144]. En 1683, le rôle de Louison fut offert à la petite fille du comédien De Villiers, pour qui la compagnie proposa de faire un habit « à manche pendante bavette et tablier »[145]. Pour la cérémonie finale, il fallait faire appel à tous les membres de la troupe, ce qui ne semble pas avoir été très apprécié. Ainsi, la compagne nota en 1684 qu’« On est obligé d’assister au Malade Imaginaire a peyne de 30 s. d’amende », ce qui fut réitéré l’année suivante : « Tous les acteurs et actrices seront obligez d’assister a la ceremonie du Malade imaginaire sur peine de l’amende de trente sols »[146].

 

Le personnel supplémentaire requis pour chaque représentation du Malade imaginaire se montait donc à trente-huit personnes[147]. Et si on y ajoute les vingt-sept employés inclus dans la liste des « frais ordinaires » pour cette même saison, nous arrivons au chiffre de soixante-cinq. George Forestier, dans sa biographie magistrale de Molière[148], nous a récemment mis en garde contre les assertions de Grimarest. Mais, même si la plupart des mots que celui-ci prête au grand auteur dramatique sont inventés, nous voyons que quand il « cite » Molière à propos des « cinquante pauvres ouvriers » qui dépendaient de lui matériellement, l’inventeur de l’anecdote était bien au courant de la vie des théâtres parisiens, et qu’il n’a pas exagéré le nombre de personnes qui travaillaient au Palais-Royal[149]. Et il ne s’agit là que des employés de théâtre… Il y avait également des centaines d’autres personnes dont les vies professionnelles étaient intimement liées avec celle des comédiens : les chandeliers, les cabaretiers, les fabricants et les fournisseurs de produits et de services de toutes sortes. Dès lors, ces théâtres du XVIIe siècle étaient déjà des « industries de divertissement », pour employer un terme plus souvent associé au le XIXe siècle [150], dont l’empreinte sociale et économique était beaucoup plus large qu’on aurait pu penser.

Notes de bas de page

[1] Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, Isidore Liseux, 1877, p. 154-155.

[2] F. W. J. Hemmings, The Theatre Industry in Nineteenth-Century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, Martial Poirson, Spectacle et économie à l’âge classique, xviie-xviiie siècles, Paris, Garnier, 2011.

[3]Jan Clarke, The Guénégaud Theatre in Paris (1673-1680). Volume One: Founding, Design and Production, Lewiston-Queenston-Lampeter, Edwin Mellen, 1998, p. 3-56.

[4] Ceux de la Comédie-Française ainsi que les « Feuilles d’assemblée » sont maintenant disponibles en ligne grâce au projet des Registres de la Comédie-Française (https://www.cfregisters.org/fr/?q=en/).

[5] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R2 (La Thorillière I), R3 (La Thorillière II), R3 (Hubert). Voir également, Georges Monval, éd., Le Premier Registre de La Thorillière (1663-1664), Paris, Librairie des Bibliophiles, 1890, Geneva, Slatkine, 1969 ; William Leonard Schwartz, ‘Light on Molière in 1664 from Le Second Registre de La Thorillière’, PMLA, 53, 1938, p. 1054-1075 ; Sylvie Chevalley, ‘Le « Registre d’Hubert », 1672-1673’, Revue d’histoire du théâtre, 25, 1973, p. 1-132, ainsi que son article, ‘Les Registres du théâtre à l’époque de Molière’, xviie siècle, 98-99, 1973, p. 17-32.

[6] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R1. Dans ce qui suit nous avons utilisé l’édition suivante : Charles Varlet dit La Grange, Registre, dir. B. E. Young et G. P. Young, 2 vols, Paris, Droz, 1947.

[7] Ibid., t. 1, p. 18, 47.

[8] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R6, Registre 1674-1675, p. 138v ; R15, Registre 1683-1684, p. 2v ; R17, Registre 1685-1686, s.p. ; R18, Registre 1686-1687, s.p. ; R19, Registre 1687-1688, s.p ; R20, Petit Registre, 1687-88, s.p.

[9] Nous citons cette liste d’après notre thèse, Jan Clarke, ‘The Guénégaud Theatre, 1673-1680 and the Machine Plays of Thomas Corneille’, thèse de doctorat, University of Warwick, 1988, où nous avons modernisé l’orthographe.

[10] Dans la discussion qui suit, nous respectons, autant que possible, l’ordre établie dans la liste des « frais ordinaires » de février 1675. « Exempt […] est aussi un Officier estably dans les Compagnies des Gardes du Corps, dans celles des Prevosts & autres Officiers. Ils commandent en l’absence des Capitaines & Lieutenants & ils sont ordinairement employez à faire des captures ou autres executions à la teste de quelques Gardes ou Archers. » (Antoine Furetière, Dictionnaire universel, A. & R. Leers, The Hague, 1690, t. 1).

[11] Par exemple, la troupe fit des économies en 1684 en retranchant 1 livre à Saint-Germain et 15 sols aux gardes (Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1684, Feuilles d’Assemblée, 1684, 20 avril).

[12] « Receveur, euse. […] Celui ou celle qui a charge de faire une recette, soit en deniers, soit en denrées. Le receveur d’un tel Seigneur. […] La receveuse des billets à la comédie. » (Dictionnaire de l’Académie française, 5e éd., Chez J. J. Smits & Cie, 1798, t. 2).

[13] « Les Comédiens appellent Controlleur des portes, celuy mis à la distribution des billets du controlle, pour placer les gens à mesure qu’ils se présentent pour aller à la Comédie » (Furetière, Dictionnaire universel, t. 1).

[14] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1685, Feuilles d’assemblée, 1685, 27 mars. Il n’y a cependant aucune preuve que Mlle Dupin ait trouvé un autre emploi avec la troupe.

[15] Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du xviie siècle: dictionnaire biographique, Paris, Centre National de la Recherche Scientifique, 1981, p. 90-91.

[16] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1686, Feuilles d’assemblée, 1686, 20 mai.

[17] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 127-128.

[18] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1703, Feuilles d’assemblée, 1703, 27 août.

[19] Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, SEVPEN, 1963, p. 723.

[20] Voir Jan Clarke, ‘De Louison à Fanchon: des enfants acteurs et leurs costumes chez Molière et à l’Hôtel Guénégaud’, Le Nouveau Moliériste, 4-5, 1998-1999, p. 171-190, p. 184.

[21] Dans les pièces à machines, les « voleurs » étaient des figurants qui « volaient » au-dessus de la scène suspendus à des cordes. Dans Circé, il y en avaient trois catégories : « petits », « moyens » et « grands ». Sur les assistants, employés et fournisseurs à l’Hôtel Guénégaud, voir Clarke, Guénégaud I, appendice 3 ; Jan Clarke, The Guénégaud Theatre in Paris (1673-1680). Volume Two: the Accounts Season by Season, Lewiston-Queenston-Lampeter, Edwin Mellen, 2001 ; et Jan Clarke, The Guénégaud Theatre in Paris (1673-1680). Volume Three: the Demise of the Machine Play, Lewiston-Queenston-Lampeter, Edwin Mellen, 2007, passim.

[22] Samuel Chappuzeau, Le Théâtre français, Lyon: Michel Mayer, 1674, ed. by C. J. Gossip, Tübingen, Gunter Narr, 2009, p. 228.

[23] Sur Sourdéac et Champeron, voir Jan Clarke, « The Struggle for Spectacle on the Seventeenth-Century French Stage », The Seventeenth Century, 27, 2012, p, 212-224.

[24] La Grange, Registre, dir. Young et Young, t. 1, p. 164-165, 169. Sur ces événements, voir Clarke, Guénégaud III, p. 102-108.

[25] Voir Clarke, Guénégaud II, p. 297-301.

[26] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 709-710.

[27] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 113. Par respect, on donna aux comédiennes le titre de « Mlle » suivi dans le cas des femmes mariées par le nom de leur mari. La présence de ce titre dans le cas d’une femme mariée et une forte indication qu’elle aurait été auparavant comédienne.

[28] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1683, Feuilles d’assemblée, 1683, 22 mars.

[29] Feuilles d’assemblée, 1684, 17 juillet.

[30] Feuilles d’assemblée, 1685, 24 septembre. La loge de la limonade était connue plus tard sous le nom plus habituel de « café ».

[31] Ibid., 24 décembre.

[32] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 48.

[33] Ibid., p. 109.

[34] Ibid., p. 90.

[35] Ibid., p. 31-33, 144-145.

[36] Ibid., p. 178.

[37] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1687, Feuilles d’assemblée, 1687, 8 avril.

[38] Feuilles d’Assemblée, 1683, 9 et 14 mai.

[39] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1688, Feuilles d’assemblée, 1688, 10 mai. Mlle Pidou avait aussi joué sous le nom de Mlle Brunet (Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 49).

[40] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 145-146.

[41] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R14, Registre 1682-1683, p. 239 (15 décembre 1682); Registre 1686-1687, p. 244 (30 décembre 1686).

[42] Feuilles d’assemblée, 1685, 10 décembre.

[43] Jacqueline Razgonnikov, ‘Copistes et secrétaires-souffleurs à la Comédie-Française au dix-huitième siècle, de Saint-Georges à Delaporte’, Journal for Eighteenth-Century Studies, 32, 2009, p. 549-561, p. 550-551.

[44] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R7, Registre 1675-1676.

[45] Selon Chappuzeau, souffler faisait partie de la fonction du copiste (Théâtre français, p. 225), ce qui pourrait expliquer l’absence des deux de la liste des « frais ordinaires », puisque le copiste était payé par « rôle ». Mais en même temps nous avons du mal à croire qu’un souffleur employé régulièrement n’aurait pas été rémunéré à chaque représentation.

[46] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 656.

[47] Ibid, t. 1, p. 33.

[48] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 362-365.

[49] Le Premier Registre de La Thorillière, p. 13.

[50] Registre, 1674-1675, p. 147v.

[51] La question de l’emplacement des bureaux et du personnel est assez compliquée. Pour plus de précisions, voir notre article ‘L’Hôtel Guénégaud selon un croquis inédit’, Papers in French Seventeenth-Century Literature, 88 (2018), p. 159-82.

[52] Feuilles d’assemblée, 1684, 17 janvier.

[53] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 689.

[54] Chevalley, ‘Registre d’Hubert’, p. 81.

[55] Feuilles d’assemblée, 1684, 28 février.

[56] Clarke, Guénégaud II, p. 293.

[57] Sur La Pierre, voir Razgonnikov, ‘Copistes et secrétaires-souffleurs’, p. 551-552.

[58] Voir, Le Premier Registre de La Thorillière, p. 52 ; Sylvie Chevalley, ‘Le « Registre d’Hubert » 1672-1673: étude critique’, Revue d’Histoire du Théâtre, 25, 1973, p. 145-195, p. 189 ; Clarke, Guénégaud II, p. 187, 188, 192, 195, 229. Châteauneuf avait été blessé à mort en 1674 (Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 693.

[59] La Grange, Registre, dir. Young et Young, t. 1, p. 125.

[60] Feuilles d’assemblée, 1687, 10 mars.

[61] Registre 1685-86, p. 178v ; Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, Archives Comptables, 10 novembre 1685.

[62] Feuilles d’assemblée, 1688, 6 décembre.

[63] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 169.

[64] Édouard Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, Paris, Berger-Levrault, 1880, p. 56, 271-273.

[65] Feuilles d’Assemblée, 1687, 22 septembre. Lors des visites à la cour, les carrosses et les charrettes de la troupe furent aussi accompagnés par six portes-flambeaux, et nous savons que l’un d’entre eux en 1688 s’appelait Le Droit (Feuilles d’assemblée, 1688, 5 avril).

[66] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 132.

[67] Feuilles d’assemblée, 1685, 14 mai.

[68] Registre 1674-1675, p. 146-147v ; Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, Registre 1680-1681, p. 119 ; Clarke, Guénégaud III, p. 128.

[69] Voir notre article, Jan Clarke, ‘Music at the Guénégaud Theatre, 1673-1680’, Seventeenth-Century French Studies, 12, 1990, p. 89-110.

[70] Sur la famille Crosnier, voir Jan Clarke, ‘The Function of the décorateur and the Association of the Crosnier Family with Molière’s Troupe and the Guénégaud Theatre’, French Studies, 48, 1994, p. 1-16 ; Clarke, Guénégaud I, p. 157-164.

[71] Ces « tonneaux » remplis d’eau jouaient un rôle important dans la prévention du feu (voir Chappuzeau, Théâtre français, p. 230). Il est intéressant de noter aussi que les comédiens donnaient régulièrement de la charité aux Capucins, qui étaient en quelque sorte les pompiers de Paris au xviie siècle.

[72] Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, p. 56, 159.

[73] Registre 1682-1683, p. 238 v ; Registre 1688-87, p. 67.

[74] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française,  Personnel, CO-DA.

[75] Pierre Pasquier, éd., Le Mémoire de Mahelot: mémoire pour la décoration des pièces qui se représentent par les Comédiens du Roi, Paris, Champion, 2005, p. 43.

[76] Feuilles d’assemblée, 1688, 5 avril.

[77] Feuilles d’assemblée, 1686, 26 août.

[78] Dans le « petit registre » ou « registre brouillon » pour cette saison, il est appelé « décorateur en chef ».

[79] Sur cette pratique voir Jan Clarke, ‘Illuminating the Guénégaud Stage: Some Seventeenth-Century Lighting Effects’, French Studies, 53, 1999, p. 1-15, p. 6.

[80] Feuilles d’assemblée, 1688, 6 avril.

[81] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1689, Feuilles d’assemblée, 1689, 26 juillet.

[82] Ibid., 26 décembre.

[83] Feuilles d’assemblée, 1687, 2 juin.

[84] Feuilles d’assemblée, 1686, 20 mai.

[85] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R23, Petit Registre 1689-1690, 27 décembre verso.

[86] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 151.

[87] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française,  Feuilles d’assemblée, 1709-1712, p. 129.

[88] Émile Campardon, Les Comédiens du roi de la troupe française pendant les deux derniers siècles, Paris, H. Champion, 1879, p. 42-43.

[89] Émile Campardon, Les Comédiens du roi de la troupe italienne, 2 vols in 1 vol, Paris, Berger-Levrault, 1880; Geneva, Slatkine, 1970, p. 292.

[90] Registre 1680-1681, p. 93.

[91] Feuilles d’assemblée, 1703, 4 juin.

[92] Anastasia Sakhnovskaia-Pankeeva, ‘La Naissance des théâtres de la Foire: influence des Italiens et constitution d’un répertoire’, thèse de doctorat, U.F.R. Lettres et Langages, Université de Nantes, 2013, p. 247.

[93] Feuilles d’assemblée, 1685, 20 août. « On appelle Porte faix, des Crocheteurs & gens de peine propres à transporter les meubles & les provisions. A Paris, il les portent sur le dos avec des crochets ; à Lyon sur la teste avec une sangle » (Furetière, Dictionnaire universel, t. 3).

[94] Feuilles d’assemblée, 1686, 17 juin.

[95] À notre connaissance, Le Breton n’est mentionné qu’une seule fois dans les registres de la Comédie-Française, au cours de la saison 1680-1681 (Registre 1680-1681, p. 204). Il nous semble donc probable ou qu’il est décédé ou qu’il quitta ses fonctions peu après cette date.

[96] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R52_0_1682, Feuilles d’assemblée, 1682, 23 novembre.

[97] Feuilles d’assemblée, 1686, 20 mai.

[98] Feuilles d’assemblée, 1688, 21 juin.

[99] Registre 1674-1675, p.139 ff.

[100] Feuilles d’assemblée, 1682, 23 novembre.

[101] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R61, Livre des comptes de la troupe, recette et dépense, 1675-1692, p. 82.

[102] Clarke, Guénégaud III, p. 135-143.

[103] Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire.

[104] La Grange, Registre, dir. Young et Young, t. 1, p. 144.

[105] Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, p. 55.

[106] Ibid., p. 55, 85, 87-89.

[107] « Plaque, se dit aussi d’une piece d’argenterie ouvragée, au bas de laquelle il y a un chandelier qu’on met dans les chambres pour les parer & pour les éclairer » (Furetière, Dictionnaire universel, t. 3). Dans les théâtres, la plupart des plaques étaient faites d’étain.

[108] Furetière, dans son Dictionnaire universel, décrit avec beaucoup d’exactitude la façon dont on employait de la natte dans les salles de théâtre : « Natte, […]. Tissu plat rat de trois brins de paille battuë & tortillée ensemble. Il s’en fait aussi de jonc & de genés. Il n’y a pas long-temps que toutes les murailles des maisons n’estoient tapissées que de nattes. Maintenant la natte ne sert plus que pour faire des parterres, pour couvrir des planchers, pour mettre au devant des fenestres, & dans les jeux de paume » (t. 2).

[109] Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, p. 56, 121, 141, 145, 205, 215, 219, 225, 233, 241, 255, 271, 275, 281, 285.

[110] Ibid., p. 56, 57, 171, 183, 191.

[111] Ibid., p. 90.

[112] Ibid., p. 90.

[113] Ibid., p. 242-243.

[114] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 549.

[115] Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, p. 199.

[116] Registre, 1674-1675, p. 11v, 13v ; Clarke, Guénégaud II, p. 225.

[117] Ce total comprend 4 livres 7 sols pour de la chandelle (Clarke, Guénégaud II, p. 225-228).

[118] Clarke, ‘Music at the Guénégaud Theatre’, p. 99. Cette réduction du contenu musical de la pièce suite aux ordonnances en faveur de Lully est analysée par John Powell dans son article, « Charpentier’s Music for Molière’s Malade imaginaire and its Revisions », Journal of the American Musicological Society, 39, 1986, p. 87-142.

[119] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R13, Registre 1681-1682, p. 32v ; R16, Registre 1684-1685, p. 98.

[120] Virginia Scott, The Commedia dell’Arte in Paris, 1644-1697, Charlottesville VA, University Press of Virginia, 1990, p. 336.

[121] Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française, R22, Petit Registre 1688-1689, 24 novembre verso ; Petit Registre 1689-1690, 21 mai verso.

[122] Marc-Antoine Charpentier, Mélanges autographes, 23 vols, Paris, Minkoff, 1990-2002, vol. 16, p. 97.

[123] Jurgens et Maxfield-Miller, Cent ans, p. 159, 549.

[124] Charpentier, Mélanges autographes, vol. 16, p. 100; vol. 22, p. 57.

[125] Sur la présence des musiciens et des assistants dans les listes de frais pour différentes pièces, voir Clarke, Guénégaud II, passim.

[126] Registre 1675-1676, p. 97v.

[127] « Ritornelle. […] Reprise qu’on fait des premiers vers d’une chanson, qu’on repete à la fin du couplet. Les violons joüerent des ritornelles. […] Ce mot est venu d’Italie, & signifie la meme chose à-peu-près que de qu’on a toûjours en France appellee refrain” (Furetière, Dictionnaire universel. t. 3).

[128] Feuilles d’assemblée, 1703, 11 June.

[129] Registre 1685-86, p. 244v.

[130] Clarke, Guénégaud I, p. 27-28. Sur les révisions de sa partition effectuées par Charpentier en conséquence des défenses, voir Powell, ‘Charpentier’s Music for Molière’s Le Malade imaginaire and its Revisions’.

[131] Registre 1687-88, p. 148.

[132] Charpentier, Mélanges autographes, vol. 16 (1999), p. 58 ; John S. Powell, Music and Theatre in France, 1600-1680, Oxford, Oxford Universiety Press, 2000, p. 402.

[133] Registre 1685-86, p. 244v.

[134] Claude et François Parfaict, Mémoires pour servir à l’histoire des spectacles de la foire, Paris, Briasson, 1743, I, 230, in Campardon, Les Comédiens du roi de la troupe italienne, p. 175.

[135] Clarke, Guénégaud III, p. 137.

[136] Clarke, Guénégaud I, p. 140.

[137] Chevalley, ‘Le « Registre d’Hubert »: étude critique’, p. 190 ; Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, p. 56, 115-120.

[138] Registre 1674-1675, p. 104-105. Sur la famille Allard, voir notre article ‘Une brève coopération : les Français et les forains aux années 1670 et 1680’, à paraître.

[139] Voir Clarke, Guénégaud III, p. 213-225 ; Sakhnovskaia-Pankeeva, ‘La Naissance des théâtres de la Foire: influence des Italiens et constitution d’un répertoire’, passim.

[140] Clarke, Guénégaud I, p. 116-117.

[141] Registre 1674-1675, p. 16.

[142] Ibid., p. 12v.

[143] Clarke, ‘De Louison à Fanchon’, p. 176-179.

[144] Mongrédien et Robert, Dictionnaire biographique, p. 23.

[145] Feuilles d’Assemblée, 1683, 8 mars.

[146] Feuilles d’assemblée, 1684, 24 avril ; Feuilles d’assemblée, 1685, 6 août.

[147] Nous avons omis de ce chiffre les deux décorateurs qui figurent aussi sur la liste des frais ordinaires.

[148] Georges Forestier, Molière, Paris, Gallimard, 2018.

[149] Je tiens à remercier Georges Forestier de m’avoir communiqué son analyse au sujet de cette question.

[150] Voir par exemple Hemmings, The Theatre Industry in Nineteenth-Century France.

Pour citer cet article

, « « Cinquante pauvres ouvriers ». Employés chez Molière et à l’Hôtel Guénégaud de 1660 à 1689 », Revue d'Histoire du Théâtre numéro 285 [en ligne], mis à jour le 01/01/2020, URL : https://sht.asso.fr/cinquante-pauvres-ouvriers-employes-chez-moliere-et-a-lhotel-guenegaud-de-1660-a-1689/

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