Dictionnaire des metteuses en scène
Chantal MorelNée le 19/04/1955, Grenoble
Métiers: Adaptatrice, Directrice de théâtre, Metteuse en scène
Pays d'exercice: France
Organisations ou collectifs liés: A.L.E.R.T.E.S., Centre dramatique national des Alpes, L’Équipe de création théâtrale, Le (Petit 38)
Personnalités liées: Alain Crombecque, Annie Raymond, Ariane Mnouchkine, Ariel García-Valdès, Georges Lavaudant, Jean-Jacques Lerrant, Jean-Paul Angot, Jean-Paul Wenzel, Laurence Bardini, Louis Beyler, Olivier Perrier
Notice rédigée par Floriane Toussaint
Issue d’un milieu modeste, Chantal Morel fait le mur pour aller voir des spectacles de Georges Lavaudant dans une MJC de Grenoble. Bien qu’ayant arrêté l’école avant le baccalauréat, elle pousse la porte du Conservatoire national de région, où elle se forme au sein d’une petite classe qui donne naissance à la compagnie les Tréteaux de l’Isère, sous la direction de Louis Beyler. En 1979, Chantal Morel fonde sa propre compagnie, A.L.E.R.T.E.S., avec plusieurs camarades. Quoiqu’elle renonce à jouer dès leurs premières créations – Le Montreur d’Andrée Chédid et Phèdre, adaptation de la pièce de Racine –, elle ne s’envisage comme metteuse en scène qu’avec Home de David Storey (1981).
Ce spectacle, plusieurs fois recréé par la suite, permet à la compagnie d’être identifiée par l’institution. Histoire d’Iphigénie est créé à la Maison de la Culture de Grenoble et attire l’attention de Jean-Jacques Lerrant, journaliste venu de Lyon qui propose le nom de Chantal Morel à la DRAC. Désormais subventionnée, la compagnie entreprend de monter pour la première fois en France la version intégrale de Platonov. Pour répondre à l’ambition de Tchekhov dans ce texte, Chantal Morel négocie avec la ville de Grenoble l’occupation d’une friche industrielle qu’elle investit avec plusieurs tonnes de charbon, des arbres, un wagon de chemin de fer et un cheval. Les sept heures de spectacles sont ponctuées par un dîner et une pause vodka qui permettent des reconfigurations du public dans l’espace. Sans connaître le travail de Chantal Morel, et alors qu’il vient d’être nommé directeur du Festival d’Avignon, Alain Crombecque l’invite en 1985. La metteuse en scène crée alors Groom de Jean Vautrin au Cloître des Carmes. Deux ans plus tard, elle est à nouveau invitée au festival, où elle présente Lettre morte de Robert Pinget.
Peu après, Chantal Morel est nommée à la tête du Centre dramatique national des Alpes, en codirection avec Ariel García-Valdès. Elle a 32 ans. Quand elle découvre que les seuls frais de fonctionnement du CDN représentent la moitié de la subvention et que le déficit budgétaire implique la fermeture des ateliers de construction, elle renonce à six mois de salaire pour rendre le travail artistique possible. Elle crée Le Jour se lève, Léopold ! de Serge Valletti, spectacle qui connaît une belle tournée, mais le bras de fer avec les salariés permanents du CDN est épuisant. Quinze mois après sa nomination, Chantal Morel décide de partir et donne sa démission à Bernard Dort, alors au ministère de la Culture. Elle accompagne son départ d’un « RETOUR DE MISSION », document de 27 pages dans lequel elle dénonce les dysfonctionnements du CDN et ouvre des pistes alternatives.
Cette prise de position isole Chantal Morel et confirme la réputation de « rebelle » forgée par ses premiers spectacles. Elle est peu après accueillie en résidence à Montluçon par Olivier Perrier et Jean-Paul Wenzel, mais s’ensuit une période d’errance institutionnelle. Chantal Morel forme une nouvelle compagnie, l’Équipe de création théâtrale, avec laquelle elle crée quelques spectacles – notamment un Roi Lear en 1993 –, avant de trouver refuge dans un local de 89m2 sur les bords de l’Isère. Des discussions autour de la table et de la lecture de Dostoïevski naît le désir d’essayer des formes théâtrales dans l’arrière-salle, constituée en scène. Le lieu inspire de nouvelles manières de faire et de rencontrer le public. Le (Petit 38) accueille ainsi des lectures, des spectacles et des cycles de conférences, qui forment d’année en année une programmation riche et variée.
Cette activité continue au (Petit 38) permet à Chantal Morel de réintégrer partiellement le réseau institutionnel. Elle crée quelques spectacles à la MC2: Grenoble (Souvent je murmure un adieu…, 2005 ; Les Possédés, 2007), est accueillie par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie en 2013 pour Pauvre fou ! et en 2015 pour Ils ne sont pas encore tous là… Après un dernier spectacle inspiré par Hölderlin au (Petit 38), Chantal Morel passe la main et se retire de la vie théâtrale.
Entretiens non publiés menées par l’autrice en novembre 2019 à Pantin et en mars 2025 à la BNF.
« Entretien avec Chantal Morel » réalisé et monté par Mélanie Péclat pour le chantier de recherche Pour une histoire des metteuses en scène de la Société d’histoire du Théâtre (https://sht.asso.fr/podcast/pour-une-histoire-des-metteuses-en-scene/)
Thibaudat Jean-Pierre, « Chantal Morel : du Centre dramatique au Petit 38, itinéraire d’une irréductible », 09/03/2017, Le Club de Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/090317/chantal-morel-du-centre-dramatique-au-petit-38-itineraire-dune-irreductible-2
Fonds Chantal Morel, Département des Arts du spectacle/BnF : Fonds Chantal Morel BnF
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