Revue d’Histoire du Théâtre • N°301 S2 2025
Chapitre 2 – Cahier Construction, décors, machinerie
Résumé
L’accent est mis dans ce second chapitre sur les traités techniques de machinerie théâtrale et l’art de construire les décors de scène. Ici, la juste articulation entre le savoir (théorique) et le savoir-faire (pratique) constitue le plus petit dénominateur commun de chacun des articles et des entretiens. La question des circulations à partir du creuset italien, depuis le traité de Sabbattini jusqu’à aujourd’hui, est aussi posée, de manière sous-jacente.
Texte
L’accent est mis dans ce second chapitre sur les traités techniques de machinerie théâtrale et l’art de construire les décors de scène. Ici, la juste articulation entre le savoir (théorique) et le savoir-faire (pratique) constitue le plus petit dénominateur commun de chacun des articles et des entretiens. La question des circulations à partir du creuset italien, depuis le traité de Sabbattini jusqu’à aujourd’hui, est aussi posée, de manière sous-jacente.
À partir du fonds Louis Jouvet conservé à la Bibliothèque nationale de France, Simon Willemin propose deux textes de nature différente qui illustrent les enjeux de ces circulations. Le premier explique comment Jouvet découvre et réalise l’exégèse du traité de Sabbattini (1637-1638), deux ans avant la parution du traité de Sonrel. Fasciné, Jouvet transforme ce traité technique en poétique du plateau et propose, une fois n’est pas coutume, une lecture sensible et augmentée du document, en lieu et place d’une lecture strictement appliquée. Le second texte est une fiction anonyme et non datée, retrouvée dans le fonds Jouvet : établi par Simon Willemin, il constitue un essai sur la genèse de la préface du traité et une rêverie sur le rôle du machiniste.
Clémentine Cluzeaud poursuit la réflexion sur l’usage des traités techniques dans le monde de l’art, depuis son point de vue de chercheuse et de praticienne. Sensible par définition au risque du cloisonnement des savoirs et des savoir-faire, elle parcourt la documentation professionnelle des cintriers de l’Opéra du Rhin ainsi que le Manuel de Machinerie de l’américain Jay O’Glerum pour mieux en analyser le contenu, si particulier dans la mesure où il ne prend sens que dans l’application et le geste pratique. Ici les enjeux de la description sont essentiels et surpassent même ceux de l’explication, laquelle ne fait sens que sur le terrain, en situation, tant les règles varient d’un théâtre à l’autre.
Enfin, deux entretiens ont pour particularité d’avoir le même objet au cœur de la discussion : le Trattato di scenotecnica de Bruno Mello, publié pour la première fois en 1962. De Sabbattini à Mello, la boucle est bouclée et l’on parvient à appréhender les enjeux de demain, notamment ceux liés à la responsabilité environnementale des institutions culturelles qui mènent au réemploi de techniques de construction anciennes, réputées fiables, robustes et peu coûteuses. C’est en tout cas ce que démontre Maurizio Moretti, chef constructeur à la MC93, tandis que la directrice technique du Théâtre du Châtelet, Lucia Goj, explique à quel point le texte de Mello est un trait d’union entre hier et aujourd’hui.
Dans ce chapitre, l’économie du récit et l’art de la description sont analysés et l’on mesure combien les traités techniques relèvent d’un genre à part entière, où le savoir, appliqué, n’est accessible que dans un parfait équilibre entre pratique et théorie, en dépit de tous les efforts didactiques menés par les auteurs.
Pour citer cet article
« Chapitre 2 – Cahier Construction, décors, machinerie », Revue d’Histoire du Théâtre numéro 301 [en ligne], mis à jour le 01/03/2025, URL : https://sht.asso.fr/chapitre-cahier-construction-decors-machinerie/