Dictionnaire des metteuses en scène
Sophie LoucachevskyNée le 19/06/2026, France
Métiers: Adaptatrice, Comédienne, Metteuse en scène
Pays d'exercice: France
Numéro ISNI: ISNI 0000 0000 0118 1916
Organisations ou collectifs liés: Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Compagnie Adelbert, Compagnie Les Amis de…, l’Association française d’action artistique, MC93 Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, scène européenne, Théâtre national de Chaillot, Théâtre National de la Colline Paris
Personnalités liées: André Gintzburger, Antoine Vitez, Caroline Marcadé, Germaine Acogny, Hervé Audibert, Jean-François Peyret, Josyane Horville, Lou Goaco, Nicky Rieti
Notice rédigée par Raphaëlle Doyon
Après des études d’architecture aux Beaux-Arts, Sophie Loucachevsky est auditrice au Conservatoire national supérieur d’art dramatique entre 1979 et 1981 où elle suit la classe de Pierre Debauche puis celle d’Antoine Vitez. Elle y apprend « le plaisir dans le jeu », et un théâtre antipsychologique ; Vitez fait connaître à ses élèves les écrits sur le théâtre de Vsevolod Meyerhold.
À la fin de sa scolarité, elle réalise au CNSAD sa première mise en scène avec Jean-Yves Dubois, Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert. Parallèlement, Sophie Loucachevsky joue, notamment dans Médée de Jean Gillibert (Festival d’Avignon, 1981) et dans Romance of Mexico de Jean-Pierre Thibaudat, mise en scène de Daisy Amias (Festival d’Avignon, 1982), et au cinéma, dans Passion de Jean-Luc Godard. En 1981, Antoine Vitez est nommé à la direction du Théâtre de Chaillot ; il lui propose de devenir son assistante sur Hamlet, dont la version longue dure sept heures. Elle conçoit des story-boards, notant et dessinant tout, comme plus tard pour ses propres mises en scène. Vitez instaure « les formes brèves » qui se jouent dans le foyer du théâtre avant les spectacles en salles. Dans ce cadre, en 1983, Sophie Loucachevsky monte, à nouveau avec Jean-Yves Dubois, L’étrange histoire de Peter Schlemihl ou L’homme qui a vendu son ombre (1813), un récit fantastique d’Adelbert von Chamisso. Dans des décors graphiques, sous une hauteur de plafond de 30 mètres, le spectacle regorge de procédés et ombres magiques.
En 1985, Sophie Loucachevsky crée la Compagnie Adelbert, qui devient La compagnie « Les amis de… » en 1989. Elle met en scène La mort de Judas. En 1986, après plusieurs séjours au Japon – dont un stage avec Suzuki Tadashi autour des formes contemporaines des théâtres Nô, Kabuki – elle crée Madame de Sade de Yukio Mishima dans une scénographie et des costumes de Yannis Kokkos. La pièce porte sur l’épouse du marquis, qui l’attendit pendant ses 18 années d’emprisonnement et, le jour de sa libération au printemps 1790, entre au couvent. Sur le modèle de l’onnagata, interprète masculin de rôles féminins dans le Kabuki, Sophie Loucachevsky distribue les six personnages de femmes à des acteurs reconnus dont Didier Sandre, Yann Collette, Bertrand Bonvoisin et Grégoire Œustermann. Reiko Kruk travaille le maquillage et les perruques. En référence à Meyerhold, le jeu est stylisé ; les accessoires sont communs au XVIIIe siècle français et au Kabuki : éventail, mouchoir, ombrelle. Le spectacle reçoit le prix du syndicat de la critique et six nominations aux Molières. Il remporte un immense succès auprès du public mais ne tourne que pendant quelques mois, les acteurs étant sollicités ailleurs.
En 1987, Sophie Loucachevsky participe avec une quarantaine d’interprètes (Anouk Grinberg, Michèle Foucher, André Wilms, André Marcon, Evelyne Didi, etc.) à la création des APA (acteurs producteurs associés) qui proposent : — de reconsidérer le système de diffusion des spectacles pour qu’ils tournent davantage, — de permettre aux comédiens et comédiennes d’être interchangeables et de choisir leurs metteurs ou metteuses en scène. Les APA sont accueillis en 1988 par Josyane Horville à l’Athénée pour des Conversations d’artistes : 30 spectacles sont présentés jour et nuit pendant trois semaines. Après la chute de Ceausescu de décembre 1989, Sophie Loucachevsky travaille à Bucarest autour de la révolution et des témoignages des acteurs et actrices ; elle crée Six personnages en quête de…. Suivra Phèdre en 1991, une pièce tout juste traduite de Marina Tsvetaieva, qu’elle contribue à faire connaître. Elle travaille ensuite sur des versions contemporaines de Phèdre : Volcan de Mynyana et L’Amour de Phèdre de Sarah Kane.
Tout au long de sa carrière elle monte des écritures contemporaines notamment Louis-Charles Sirjacq qui écrit pour elle Les Désossés, Caryl Churchill, Jean-François Peyret, Debbie Tucker Green, Fausto Paravidino, etc., y compris dans les écoles nationales où elle enseigne : l’École du TNS en 1987, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique en 1989 et l’École supérieure d’art dramatique de Paris (ESAD) de 1999 à 2018.
En 1994, Luis Pasqual lui confie la direction artistique de la petite salle de l’Odéon, où elle crée avec Jean-François Peyret en tant que dramaturge et des artistes invité.es, « Théâtre-Feuilleton », vingt-quatre spectacles autour de « dire je sur scène ».
En 1995, à l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir, elle se rend avec en Afrique du Sud où pendant dix années consécutives, elle crée des spectacles avec des enfants des townships, des chorégraphes, met en scène Copi (2003) et Minyana (2002). Elle réalise Mots tus et bouches cousues sur des textes de poètes sud-africains à la Grande Halle de la Villette en 1995 et crée en 1997, au Maillon de Strasbourg, Fragments d’après une nouvelle de Nadine Gordimer, avec des interprètes amateurs, français et sud-africains. En 1996, elle inaugure un lieu alternatif dans un entrepôt industriel de Johannesburg avec une compagnie de Soweto. En 1998, elle travaille en Nouvelle-Calédonie avec des artistes d’Afrique du Sud autour d’un spectacle musical intitulé Jonas, qui retrace la vie et la lutte contre l’apartheid de Jonas Gwangwa, tromboniste sud-africain qui interprète son propre rôle sur scène. En 1999, elle poursuit son exploration autour de l’identité avec des ateliers réalisés en Nouvelle-Calédonie, en Martinique et au Sénégal sur le thème « se raconter » à partir des objets du quotidien, une idée empruntée à Georges Perec dont elle monte une adaptation d’Espèces d’espaces en 2001, La Petite Planète. À l’École des sables dirigée par Germaine Acogny au Sénégal, elle travaille sur Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes avec des danseurs et danseuses venu.es de dix-huit pays d’Afrique.
En 2005-2006, elle monte Le Banquet des aboyeurs d’Eugène Durif, avec l’auteur et les étudiants de l’ESAD puis, à l’invitation d’Emmanuelle Laborit (International Visual Theater/IVT), trois courtes pièces de Samuel Beckett en langue des signes. En septembre 2007, elle met en scène Passion selon Jean d’Antonio Tarantino à La Colline. Manhattan Medea de Dea Loher est sa dernière mise en scène au Théâtre de la Colline en 2010 ; c’est une tragédie de l’exil et de la passion amoureuse que Sophie Loucachevsky explore en travaillant à partir de Fragments d’un discours amoureux de Barthes.
Raphaëlle Doyon, avec la collaboration de Sophie Loucachevsky
Raymonde Temkine, « Le Théâtre. Elles sont auteures, metteures en scène aussi », Europe, n°685, mai 1986, p. 182-186.
Sophie Loucachevsky, « La mort de Judas de Paul Claudel », entretien avec Sophie Loucachevsky réalisé par Jacqueline Veinstein, Revue d’Histoire du Théâtre, n°150, T2, 1986, p. 178-180.
Irène Sadowska-Guillon, « Chaillot. Madame de Sade. La longue veillée de Mishima », Acteurs, n°35, avril 1986, p. 38‑39.
Raymonde Temkine, « Yann Collette, interprète de Mishima », Acteurs, n°35, avril 1986, p. 39‑41.
Gilles Costaz, « Le style garçon-coiffeur », Le Matin, 12 février 1987.
Irène Sadowska-Guillon, « Chaillot (salle Gémier). Les Désossés. De la comédie », entretien avec Sophie Loucachevsky, Acteurs, février 1987, p. 53‑55.
Martine Abela, Cinq jeunes femmes metteurs en scène, Mémoire de Diplôme d’études approfondies en Études théâtrales, sous la direction de Michel Corvin, Université Sorbonne Nouvelle, 1987.
Emmanuelle Klausner, « La femme est-elle l’avenir du metteur en scène ? », Théâtre/Public, n°93‑94, 3e trimestre 1990, p. 70-73.
Sophie Loucachevsky, « De Toga à Kaposvar », Théâtre / Public. Théâtre, prends tes valises. Histoires récentes du théâtre français à travers le monde, hors-série n°6, 3e trimestre 1992, p. 67‑69.
Mathilde de la Bardonnie, avec le concours de l’équipe théâtre de l’AFAA, « Sophie Loucachevsky », Théâtre / Public. Guide des 129 metteurs en scène qui ont voyagé avec l’AFAA à travers le monde depuis 1990, hors-série n°7, 1993, p. 188‑189.
Marie-Christiane Hellot, « Six Roumains en quête de… », Jeu. Revue de théâtre, n°67, 1993, p. 41‑44, [En ligne : https://id.erudit.org/iderudit/29339ac].
Amalà Saint-Pierre, « Travestissement et usurpation identitaire. Représentations scéniques de Madame de Sade de Mishima : Sophie Loucachevsky (1986), Andrés Pérez (1998), Alfredo Arias (2004), Krzysztof Warlikowski (2006) », Alternatives Théâtrales, n°92, 1er trimestre 2007, titre du numéro : Le Corps travesti, p. 62-69.
Sophie Loucachevsky, « Entretien », propos recueillis par Anne-Françoise Benhamou, dossier « Metteuses en scène. Le théâtre a-t-il un genre ? », OutreScène, la revue du Théâtre national de Strasbourg, n°9, mai 2007, p. 32-37.
Sophie Loucachevsky, entretiens non publiés avec Raphaëlle Doyon, Paris, 27 octobre 2022 et 15 janvier 2023.
Pour Adelbert le botaniste (1983), Mort de Judas (1985), Madame de Sade (1986), Les désossés (1987), voir le fonds d’archives du Théâtre national de Chaillot – direction Antoine Vitez, Département des arts du spectacle, Bibliothèque nationale de France.
Pour Phèdre (1991), Du geste de bois (1992), voir le fonds d’archives du Théâtre de l’Athénée, Département des arts du spectacle, Bibliothèque nationale de France.
Nombreuses émissions de radio et télévisuelles : cf. le catalogue de l’inathèque
Prix de la révélation théâtrale 1986 décerné par le Syndicat de la Critique pour Madame de Sade.
Madame de Sade est nominé en 1987 pour le Molière du théâtre public et le Molière du metteur en scène.
Sophie Loucachevsky est nommée Chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres en 2017.
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