Société d'Histoire du Théâtre

Revue d’Histoire du Théâtre • N°301 S2 2025

979 10 94971 39 0
320 pages
Numéro broché
150 images
bichromie
Parution début novembre 2025
23 euros

Télécharger le fichier pdfS'abonner à la version papier+numériqueS'abonner à la version numérique

Revue d’Histoire du Théâtre • N°301 S2 2025

Un inédit de Sabbattini

Par Simon Willemin

Résumé

Au sein des archives de Louis Jouvet, dans la documentation se rapportant à Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre de Nicola Sabbattini, on découvre une curieuse « Histoire à propos de Sabbattini ». Comme l’indique Sandrine Dubouilh dans les pages qu’elle lui a consacrées, ce récit fictif est anonyme et non daté. Il retrace la genèse du traité et les circonstances de la mort de son auteur, « Nicolas », un être vieillissant qui a gardé toute son ardeur, mais qui sent sa profession lui échapper. En ce qu’elle traite de la vie d’un architecte et machiniste, cette histoire peut être rapprochée de biographies qui se trouvent dans les Vies des fameux architectes, en particulier de celle de Jean-Nicolas Servandoni. Dans son style et en raison de son caractère fictionnel, elle tient néanmoins plus de l’hagiographie, du conte ou des Vies imaginaires de Marcel Schwob. ¶  Ce texte contient des idées qui rappellent parfois celles qui se trouvent dans la préface de Jouvet au traité de Sabbattini et que le comédien et metteur en scène n’aurait probablement pas reniées, telles qu’une opposition entre les calculs et les expériences ou entre le praticien et le métaphysicien. L’évocation d’un vieux compagnon qui a enseigné l’usage du fil à plomb rappelle l’anecdote rapportée par Jouvet, qui raconte que le machiniste Alphonse lui a montré comment tracer une coupe à 45 degrés. Il pourrait s’agir d’un clin d’œil suggérant que le texte a été écrit, sinon par Jouvet, du moins par l’un de ses collaborateurs. ¶  Au-delà du mystère qui entoure son origine, cette histoire constitue un exemple original d’appropriation du traité italien du XVIIe siècle et d’éléments biographiques de son auteur. Machiniste entièrement dévoué à son art, « Nicolas » y est présenté comme un homme de l’art, pour qui le passage à l’écriture n’est pas sans provoquer une certaine inquiétude. (S. W.)

Notes

[1] Cette « Histoire à propos de Sabbattini » est conservée dans le fonds Louis Jouvet du département des Arts du spectacle de la BnF, sous la cote LJ-D-69 (11), f. 1-7, doc. 54-59, au sein d’un lot de tapuscrits où se trouve de la documentation de tiers autour de Sabbattini.

[2] Sandrine Dubouilh, « Scénographie et “mystère du théâtre” », dans Ève Mascarau et Jean-Louis Besson (dir.), Louis Jouvet : Artisan de la scène, penseur du théâtre, Montpellier, Deuxième époque, 2018, p. 73- 75.

[3] M. D., Vies des fameux architectes, Paris, Desure l’aîné, 1787.

[4] Marcel Schwob, Vies imaginaires, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1896.

[5] Louis Jouvet, « Découverte de Sabbattini », dans Nicola Sabbattini, Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1942, p. XL.

[6] La qualification de « grand sorcier » aurait, selon certaines sources, été attribuée au machiniste Giacomo Torelli (Francesco Milizia, Vie des architectes anciens et modernes, Jean Claude Pingeron (trad.), Paris, Claude-Antoine Jombert fils, 1771, p. 246). Jean de La Fontaine qualifie ce même Torelli de « magicien expert, & faiseur de miracles » (Lettre de La Fontaine à Maucroix, 22.08.1661, dans Jean de La Fontaine, Œuvres diverses, t. 3, Paris, Jean-Luc Nion, 1724, p. 299).

[7] « Au moment de faire apparaître l’enfer on ouvrira ladite ouverture […], on postera quatre hommes, lesquels devront être de bonnes gens, mettant zèle et honneur à bien faire » (Nicola Sabbattini, op. cit., II, 23, p. 105).

[8] « La théorie n’est point difficile mais plus facile encore est la pratique », (Ibid., II, 57, p. 171).

[9] On retrouve souvent la clausule « on aura fait tout ce qu’il fallait » (parfois complétée de « faire ») dans la traduction parue en 1942 : Nicola Sabbattini, op. cit. II, 15, p. 93 ; 20, p. 102 ; 38, p. 133 ; 42, p. 138 ; 44, p. 145, 51, p. 162 ; « ainsi aura-t-on fait tout ce qu’il fallait » (ibid., II, 10, p. 86 ; 13, p. 90 ; 25, p. 109 ; 31, p. 118 ; 39, p. 134 ; 41, p. 136 ; 53, p. 165).

[10] L’expression apparaît également dans la traduction de 1942 : « ainsi aura-t-on fait tout le nécessaire » (ibid., II, 29, p. 113), « faire tout le nécessaire », (ibid., II, 32, p. 121), « ainsi sera fait tout le nécessaire » (ibid., II, 50, p. 161).

Télécharger le fichier pdf

Pour citer cet article

Simon Willemin, « Un inédit de Sabbattini », Revue d’Histoire du Théâtre numéro 301 [en ligne], mis à jour le 01/03/2025, URL : https://sht.asso.fr/un-inedit-de-sabbattini/

Société d'Histoire du Théâtre

Abonnement

L’abonnement annuel constitue le soutien essentiel aux activités éditoriales de la Société d’Histoire du Théâtre et à leur pérennité. Il inclut les envois papier, l’accès aux versions numériques et à nos archives.