Dictionnaire des metteuses en scène
Simone BenmussaNée le 10/07/1936, Tunisie
Décédée le 05/06/2001, France
Métiers: Autrice, Critique littéraire, Journaliste, Metteuse en scène, Scénographe
Pays d'exercice: Espagne, États-Unis, France, Italie, Royaume-Uni
Numéro ISNI: 0000 0001 0923 9219
Organisations ou collectifs liés: Compagnie Espace Théâtral, Compagnie Renaud-Barrault, Théâtre d’Orsay, Théâtre du Rond-Point
Personnalités liées: Carolyn Carlson, Catherine Sellers, Eugène Ionesco, Hélène Cixous, Jean-Louis Barrault, Lucinda Childs, Madeleine Renaud, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute
Née à Tunis en 1931, Simone Benmussa est issue de la « petite-bourgeoisie juive ». Elle s’installe ensuite à Paris pour mener des études de philosophie à la Sorbonne et à Sciences-Po. Elle partage sa vie pendant de nombreuses années avec Erika Kralik, comédienne qui l’assistera également sur certaines mises en scène. Elle meurt à l’âge de 69 ans, en 2001, à Paris.
En 1958, Simone Benmussa est engagée par la Compagnie Renaud-Barrault pour dépouiller la correspondance entre Jean-Louis Barrault et Paul Claudel puis elle devient la rédactrice en chef des Cahiers Renaud-Barrault jusqu’en 1989, succédant ainsi à André Franck. D’une « condition professionnelle beaucoup plus littéraire que relevant de la pratique théâtrale », elle participe à des festivals (Festival du Théâtre d’Amérique Latine à la Havane en 1966, Festival de Venise en 1967 et Festival universitaire de Parme en 1968) et colloques internationaux, rédige des articles pour de nombreuses revues littéraires et théâtrales, dirige les pages culturelles de Combat en 1974 et crée et dirige avec Gallimard L’Action Théâtrale pour la promotion des auteur.ices de théâtre. Par ailleurs, elle publie des essais (Eugène Ionesco en 1966 et Qui êtes vous, Nathalie Sarraute ? en 1987) et un roman (Le Prince répète le prince en 1984), participe à une traduction (Lear d’Edward Bond en collaboration avec Marie-Claire Pasquier en 1974) et réalise un film documentaire (Regards sur Nathalie Sarraute en 1978).
Avec sa première mise en scène Portrait de Dora d’Hélène Cixous, Simone Benmussa devient metteuse en scène et scénographe. Elle adapte et met « en espace, en place, en objets, en voix » des univers singuliers comme ceux de George Moore (La Vie singulière d’Albert Nobbs), d’Henry James (Apparences et Retour à Florence), de Gertrude Stein (Camera oscura) ou encore de Nathalie Sarraute (Enfance et Pour un oui pour un non). Elle teste également d’autres formes spectaculaires comme un opéra-spectacle (Le Prisme du chamansur l’œuvre picturale de Paul Jenkins à L’Opéra national) ou des expositions-spectacles dans des musées.
Produites en majorité par la Compagnie Renaud-Barrault, ses pièces sont jouées, pour la plupart, dans les petites salles des théâtres successifs de la Compagnie (le Théâtre d’Orsay puis le Théâtre du Rond-Point). Elle a cependant eu l’occasion de créer et de tourner à l’international : notamment à Londres (The Revolt, La Voix humaine et Happy Days), à Barcelone (A la glorieta et Lès Dones d’en Jake), à Trévise (Matricule) et à New York (pour les reprises de La Vie singulière d’Albert Nobbs, Enfance, La Voix humaine et Pour un oui pour un non). En 1984, elle crée sa compagnie, l’Espace Théâtral, qui produit le reste de ses créations à compter de cette date.
Si elle revendique être « contre […] les grandes machines théâtrales qui coûtent des fortunes » et concevoir le théâtre une forme d’artisanat, elle développe une esthétique singulière qui déploie des motifs comme le rêve, l’étrangeté et l’inconscient. Fascinée par le trompe-l’œil, elle travaille sur la simultanéité des scènes et actions, sur la co-existence des lieux et des temporalités et sur la transposition des voix et gestes quotidiens et affirme qu’au théâtre, « tout ce qui met en doute le réel [l]’intéresse ». En ce sens, elle développe un théâtre qui mobilise aussi bien la danse que le cinéma, la photographie ou encore la peinture et collabore avec nombre d’artistes comme Marguerite Duras, Carolyn Carlson, Lucinda Childs, Antoni Taulé, Déborah Turbeville, Nathalie Sarraute, etc. Elle est alors considérée par Pierre Marcabru, en 1990, comme « le meilleur montreur de textes, avec Claude Régy, du théâtre contemporain ».
Hélène Cixous, Portrait of Dora, trad. Anita Barrows, and Simone Benmussa, The Singular Life of Albert Nobbs, trad. Barbara Wright, Londres, John Calder, 1979.
Marie-Josée Brakha, La Création des femmes au théâtre de nos jours, DEA501, 1983.
Judith G. Miller, « Les femmes, le théâtre, et la France d’aujourd’hui : entretiens avec Simone Benmussa, Marie-Claire Pasquier et Brigitte Jacques », Jeu, n°71, 1994, p. 110-118.
Mireille Davidovici, « Simone Benmussa », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber, Le Dictionnaire universel des créatrices, Paris, Des Femmes, 2013, p. 483-484.
Pierre Marcabru, « Mise en scène : quand les femmes s’en mêlent », Le Point, n° 945, 29 octobre 1990, p. 10-11.
Fonds Simone Benmussa, Bibliothèque nationale de France, département des Arts du spectacle, Paris (France).
Fonds Simone Benmussa, Institut Mémoires de l’édition contemporaine, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (France).
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