Société d'Histoire du Théâtre

Revue d’Histoire du Théâtre • N°302 S1 2026

Théâtre, voyage, anthropologie
300 pages
Cahiers quadri et NB
ISBN : 979 10 94971 40 6
Prix : 24 euros
Parution : 30 avril 2026

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Revue d’Histoire du Théâtre • N°302 S1 2026

Introduction

Par Léonor Delaunay, Megan Estela, Jean-Claude Yon

Résumé

Dès l’époque moderne, des formes de circulations artistiques se développent en Europe, asso-ciant spectacle et itinérance. Au gré de l’histoire économique, politique et diplomatique, des routes inédites se dessinent, de nouvelles voies théâtrales sillonnent le monde. Les troupes, les artistes et les institutions se déploient en Europe puis au-delà, notamment dans les pays colonisés et les états nouvellement indépendants d’Amérique latine, en suivant les routes commerciales des Atlantiques nord et sud, de la Méditerranée et de l’Océan Indien, jusqu’en Océanie. De nouvelles cartographies artistiques apparaissent. L’axe transatlantique Nord Paris-Londres-New York de-vient une route privilégiée des tournées théâtrales et lyriques. La côte Atlantique Sud est égale-ment très dynamique et accueille des artistes européens au tournant des XIXe et XXe siècles.

Notes

[1] Rahul Markovits, Civiliser l’Europe. Politiques du théâtre français au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2014, p. 48. La troupe française effectue cette tournée après que l’impératrice Marie-Thérèse lui a donné congé. Pour ce qui est des compagnies d’opéra italien, voir par exemple Isabelle Moindrot, L’opéra seria ou le règne des castrats, Paris, Fayard, 1993, p. 260.

[2] Des troupes itinérantes anglaises sont par exemple présentes aux États-Unis et dans les Caraïbes (Jamaïque) dès le milieu du XVIIIe siècle. Elles passent plusieurs années sur place et établis-sent des circuits sur toute la côte est nord-américaine, de la Nouvelle-Orléans à Montréal. Il s’agit souvent de troupes ayant perdu leur privilège royal en Angleterre et devant s’expatrier pour survivre. C’est par exemple le cas de celle dirigée par David Douglass, qui se produit pour la première fois à Williamsburg en 1752. Voir Gerald Martin Bordman (dir.), The Oxford Companion to American Theatre, New York, Oxford University Press, 1984, p. 22 et 206 ; Errol Hill, The Jamaican Stage : Profile of a Colonial Theatre (1655-1900), Amherst, Mass., The University of Massachusetts Press, 1992 ; Don B. Wilmeth et Tice L. Millier (dir.), Cambridge Guide to American Theatre, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 1996, p. 2.

[3] Sur l’influence des décrets napoléoniens et du vedettariat sur la croissance des tournées dans le premier XIXe siècle, voir notamment : Olivier Bara, « Vedettes de la scène en tournée : première mondialisation culturelle au XIXe siècle ? », Romantisme, 2014, vol. 1, no 163, p. 42. ; Christophe Charle, Théâtres en capitales. Naissance de la société du spectacle à Paris, Berlin, Londres et Vienne (1860-1914), Paris, Albin Michel, 2008, p. 325-326.

[4] À propos des nouvelles opportunités offertes par les scènes extra-européennes, voir par exemple : José Manuel Izquierdo König, Kickstarting Italian Opera in the Andes […], Cambridge, Cambridge University Press, 2023 ; Charlotte Bentley, « Southern Exchanges. Italian Opera in New Orleans, 1836-1842 », dans Axel Körner et Paulo Kühl (dir.), Italian Opera in Global and Transnational Perspective: Reimagining Italianità in the Long Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2022, p. 113-132. ; Charlotte Bentley, « Transatlantic operatic networks during the nineteenth century », https://transatlantic-cultures.org/ ; Katherine K. Preston, Opera on the road […], Chicago, University of Illinois Press, 1993.

[5] Sur le voyage de la famille García en Amérique du Nord, voir notamment : Céline Frigau Manning, « “Sick of the Old World’s Sophistry!” Performing Italian Opera at Sea in 1825 », numéro spécial Le spectacle italien loin de l’Europe. Scènes d’Amérique et d’Afrique depuis 1825, Laboratoire italien, nº37, à paraître en 2027 ; Molly Nelson-Haber, « From Leap of Faith to Lasting Legacy : The New York Sojourn of the “Incomparable García Family” », The García Family : A Musical Journey between Spain and the U.S., Estudios del Observatorio/Observatorio Studies, 2023, no 86, p. 11‑50 ; Francesco Milella González Luna, Beyond Italian Opera : Manuel García in Post-colonial Mexico City, Pesaro, Fondazione Rossini, 2025.

[6] Sylvain Nicolle, « Arts de la scène » in Clément Fabre (dir.), Les mondiali-sations des années 1880 au milieu des années 1930, Atlande, 2023, p. 287-293.

[7] Nic Leonhardt, Theatre Across Oceans. Mediators of Transatlantic Exchange, 1890-1925, Cham, Palgrave Macmillan, 2021 et Nic Leonhardt et Stanca Scholz-Cionca, « Circulation: Theatrical Mobility and its Professionnalization in the Nineteenth Century » in Peter W. Marx (eds), A Cultural History of Theatre, volume 5, In The Age of Empire, London New York, Bloomsbury, 2017.

[8] Christopher Balme et Nic Leonhardt, Theatrical Trades Routes, numéro spécial du Journal of Global Theatre History, nº1, vol. 1, Munich, Ludwig Maximilians, University of Munich, 2016.

[9] Ramon Hathorn, Our Lady of the Snows: Sarah Bernhardt in Canada, New York, Peter Lang, 1996.

[10] À propos des tournées de Coquelin Aîné et Sarah Bernhardt en Amérique du Sud, voir notamment Megan Estela, Histoire d’une production spectaculaire : Maurice Grau, un imprésario à succès (1849-1907), thèse de doctorat en théâtre et arts de la scène, Université Paris 8, 2026, et Monize Oliveira Moura, Sarah Bernhardt vue du Brésil (1886-1905), thèse de doctorat en histoire et histoire de l’art, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, 2015.

[11] Denis Rolland, Louis Jouvet et le théâtre de l’Athénée : Promeneurs de rêves en guerre de la France au Brésil, Paris, L’Harmattan/IUF, 2000.

[12] Jean-Claude Yon (dir.), Le Théâtre français à l’étranger au XIXe siècle. Histoire d’une suprématie culturelle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2008. Cette croyance était largement partagée un peu partout dans le monde.Voir également la thèse de Cécile Falcon : « Théâtres en voyage : les grandes tournées internationales de la Comédie-Française, du Théâtre national populaire et de la Compagnie Renaud-Barrault, 1945-1969 », Université de Montpellier 3, 2011.

[13] À propos du rôle que l’opéra a joué dans le renforcement et la légitimation de l’Empire colonial britannique en Inde et en Australie, voir Esmeralda Rocha, Imperial Opera : The Nexus between Opera and Imperialism in Victorian Calcutta and Melbourne, 1833-1901, thèse de doctorat en philosophie, University of Western Australia, 2012.

[14] Megan Estela, Histoire d’une production spectaculaire : Maurice Grau, un imprésario à succès (1849-1907), op. cit.

[15] Laetitia Corbière, Du concert au show business. Les imprésarios au cœur des échanges internationaux, 1850-1930, Lyon, Symétrie, 2023.

[16] Cette médiatisation est renforcée par les artistes eux-mêmes qui n’hésitent pas, dans leurs mémoires, à se mettre en scène comme de grands voyageurs. Pensons notamment à l’autobiographie de la soprano française Emma Calvé, Sous tous les ciels, j’ai chanté…, Paris, Librairie Plon, 1940.

[17] La spécialisation des métiers entraînée par l’élargissement des tournées dans la seconde moitié du XIXe siècle semble bien plus favorable aux hommes qu’aux femmes, sans doute moins bien acceptées par le monde des affaires qui finance largement le théâtre en circulation. À la même époque et dans les premières décennies du XXe siècle, il existe néanmoins toujours des actrices cheffes de troupes, qui emmènent leurs compagnies en tournée. Voir, à ce propos, l’ouvrage pionnier de Katherine K. Preston, Opera for the People : English-Language Opera and Women Managers in Late 19th-Century America, New York, Oxford University Press, 2017, ainsi que le projet de recherche postdoctorale menée par Sophie Horrocks, intitulé « Beyond Bernhardt: women performer-directors in Francophone theatres, 1790-1918 ».

[18] Les tournées dans les régions sont évoquées et documentées, entre autres grâce aux archives conservées par la BHVP sur le site de la Société d’Histoire du Théâtre. Voir article varia de Pauline Girard : https://sht.asso.fr/les-tournees-theatrales-dans-les-fonds-de-la-bibliotheque-historique-de-la-ville-de-paris/

[19] Mentionnons, notamment : Megan Estela, Histoire d’une production spectaculaire : Maurice Grau, un imprésario à succès (1849-1907), op. cit. ; Laetitia Corbière, Laetitia Corbière, Du concert au show business. Les imprésarios au cœur des échanges internationaux, 1850-1930, op. cit. ; Christopher Balme et Nic Leonhardt, Theatrical Trades Routes, numéro spécial du Journal of Global Theatre History, op. cit.

[20] Le Journal, nº du 6 mai 1922, « En tournée ! » par Cora Lapercerie. Cité longuement par Nathalie Coutelet dans son article.

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Pour citer cet article

Léonor Delaunay, Megan Estela, Jean-Claude Yon, « Introduction », Revue d’Histoire du Théâtre numéro 302 [en ligne], mis à jour le 01/01/2026, URL : https://sht.asso.fr/introduction-11/

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