Dictionnaire des metteuses en scène
Jeanne ChampagneNée le 01/12/1948, France
Métiers: Adaptatrice, Comédienne, Metteuse en scène
Pays d'exercice: France
Numéro ISNI: 0000 0000 0105 5338
Organisations ou collectifs liés: Cartoucherie de Vincennes, Compagnie Théâtre Écoute, Équinoxe scène-nationale Châteauroux, L’Apostrophe scène nationale de Cergy-Pontoise, Maison de la culture de Bourges, Théâtre 71 scène nationale, Théâtre de la Tempête Paris, Théâtre du Chaudron, Théâtre Ouvert
Personnalités liées: Agathe Molière, Anne-Lise Maurice, Annie Ernaux, Bernard Valéry, Céline Hervet, Chloé Dabert, Denis Léger-Milhau, Denise Bonal, Franck Thévenon, Françoise Bette, Geneviève Fraisse, Gérard Didier, Gwénaëlle David, Isabelle Charpentier, Jacques Gamblin, Joëlle Pagès-Pindon, Laurent Charpentier, Michèle Porte, Michelle Perrot, Reine Prat, Suliane Brahim, Tania Torrens
Notice rédigée par Raphaëlle Doyon
Jeanne Champagne est née dans le Berry d’« une mère au foyer de cinq enfants » et d’un père instituteur, « un hussard noir de la République » responsable d’un cinéclub qui projette les films de réalisateurs italiens (Vittorio De Sica, Antonioni, etc.). En 1965, elle voit La Tempête mis en scène par Gabriel Monnet à la Maison de la culture de Bourges et décide de faire du théâtre son métier. Elle monte sa première pièce à l’École normale des institutrices en 1971 puis suit la formation de l’Association technique pour l’action culturelle où elle rencontre Pierre Gaudibert (directeur de l’ARC, Action Recherche et Confrontation) qui la marque durablement, ayant, dit-elle, « l’action et l’expérimentation artistiques chevillées au corps ». Dans le cadre de cette formation, elle réalise un stage au Théâtre National Populaire où elle rencontre Patrice Chéreau et Roger Planchon qui la fait jouer dans Par-dessus bord de Vinaver en mars 1973 ; ce sont ses débuts professionnels au théâtre. Entre 1974 et 1976, elle suit les cours de Jacques Lassalle et Anne Ubersfeld à l’Institut d’Études théâtrales à Censier et parallèlement se forme aux ateliers des quartiers d’Ivry auprès d’Antoine Vitez qui l’invite à suivre son cours au Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique. En 1976, elle est engagée par le Théâtre du Quotidien comme assistante-dramaturge sur Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel.
Au Festival d’Avignon de 1978, à la Chapelle des Pénitents blancs (lieu dédié de Théâtre ouvert), elle monte, à partir de La Maison de l’inceste d’Anaïs Nin, La Maison d’Ana, qui la fait connaître. En 1980, sollicitée par Jean Hurstel, directeur de l’Action culturelle de Freyming-Merlebach, elle se rend dans le bassin houiller lorrain et rencontre des mineurs dont elle recueille les récits de vie, et tient un journal qu’elle confie à Charles Tordjman (codirecteur du T. P. L. avec Jacques Kraemer) pour en faire un texte de théâtre, En revoir, que Jeanne Champagne met en scène en décembre 1981 devant un public d’ingénieurs et d’ouvriers. En juin 1982, le spectacle est programmé par Josyane Horville à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, tremplin de diffusion et lieu d’accueil des compagnies subventionnées ne disposant pas de lieu fixe.
En 1981, elle fonde la compagnie Théâtre Écoute avec Gérard Didier, scénographe, et met en scène en octobre 1983 au Théâtre Essaïon une pièce remarquée par la critique pour son réalisme magique, La Tour d’amour, adaptée du roman de Rachilde publié en 1899, l’histoire de deux gardiens du phare d’Ar-Men en mer d’Iroise. C’est après avoir vu La Tour d’amour qu’Alain Crombecque programme Jeanne Champagne au Festival d’Avignon de 1986 pour présenter le spectacle de son souhait. Elle travaille alors sur Le Malheur indifférent et Histoire d’enfant, deux textes de Peter Handke. Pour le Festival d’Automne de 1988, elle adapte Rencontres avec Bram Van Velde, texte issu du dialogue entre Charles Juliet et Bram Van Velde, peintre d’origine hollandaise proche de Samuel Beckett. En 1990, coproduite par le Théâtre de Cherbourg, Jeanne Champagne met en scène Le grand cahier d’Agota Kristof, l’histoire de deux jumeaux face à la guerre, spectacle repris au TGP pour le festival d’Automne en 1991. En 1992, la compagnie Théâtre Écoute obtient un conventionnement et est associée à la Maison de la culture de Bourges où Jeanne Champage met en scène Été d’Edward Bond, Penthésilée de H. von Kleist (1994) et la trilogie de Jules Vallès : L’Enfant (1995), Le Bachelier (1996), L’Insurgé (1997), présentant cet ensemble en 1998 à la Cartoucherie de Vincennes et lors de tournées en France et à l’étranger (300 représentations, 60 000 spectateurs).
C’est pour poursuivre sa réflexion sur ce qu’elle appelle les « années d’apprentissage » que Jeanne Champagne choisit de mettre en scène en 2000 des textes d’Annie Ernaux. Le spectacle L’Évènement (2000) – tiré de Les Armoires vides, Ce qu’ils disent ou rien et L’Évènement – relate un avortement clandestin vécu dans la solitude au début des années 60. Dans La Femme gelée (2002), il s’agit du combat intérieur d’une femme mariée face aux injonctions sociales. En 2004, dans le cadre de l’année George Sand, sollicitée par Reine Prat, Jeanne Champagne travaille à partir des textes politiques de George Sand, rassemblés par Michelle Perrot, avec 120 lycéennes et lycéens, et présente le 3 février 2004 George Sand à l’Assemblée nationale, une femme en politique. À partir de 2009, Jeanne Champagne, alors artiste associée à Équinoxe, scène nationale de Châteauroux, met en scène des textes de Marguerite Duras en compagnie de Tania Torrens : Écrire, La Maison, Eden cinéma.
Après Les Années d’Annie Ernaux, créé en 2016 à la Scène nationale de Cergy-Pontoise, elle part en tournée, interrompue du fait du COVID. De 2020 à 2022, Jeanne Champagne organise à Malakoff (Médiathèque et Scène nationale) une exposition autour du parcours de la compagnie Théâtre Écoute, et un cycle de tables rondes avec notamment Isabelle Charpentier, Annie Ernaux, Michelle Perrot, Geneviève Fraisse et Reine Prat : Transmettre un matrimoine, fragments d’une vie de femme de théâtre. Attentive à la transmission aux jeunes générations, Jeanne Champagne qui enseigna de 2005 à 2008 à l’Institut d’études théâtrales de l’université Paris 3, et fut partenaire artistique au lycée Fénelon de 1999 à 2008, a inclus à partir de 1988 dans son projet artistique une activité de formation théâtrale en partenariat avec l’Éducation nationale. Soucieuse de servir le texte qu’elle porte à la scène, Jeanne Champagne a créé un théâtre qualifié tour à tour d’intimiste, d’expressionniste, de politique ou de féministe.
« La Maison d’Ana, entretien de Ninon Ozanne et Jeanne Champagne », propos recueillis par Alain Girault, Théâtre/Public, n°22-23, juillet-septembre 1978, p. 58-60.
Raymonde Temkine, « Le Malheur indifférent. Entretien avec Jeanne Champagne », Acteurs, n°38-39, juillet-août 1986, p. 21-22.
« Qu’est-ce qu’apprendre ? », entretien avec Jeanne Champagne par Evelyne Ertel, Théâtre/Public, n° 84, novembre-décembre 1988, p. 111-114.
« Une connaissance diabolique de la scène. Points de vue de metteurs en scène », entretien d’Alain Françon et de Jeanne Champagne par Martine Millon, dramaturge sur Eté d’Edward Bond, Théâtre/Public, n°111, mai-juin 1993, p. 23-29.
« Le grand cahier : aller jusqu’au bout du chemin », entretien avec Denise Bonal et Jeanne Champagne par Evelyne Ertel, Théâtre / Public, n°101-102, mai-juin 1993, p. 21-24.
Nombreuses émissions radiophoniques dont « Entretien Krzysztof Warlikowski, Angelica Liddell et Jeanne Champagne » par Laure Adler, émission Studio Théâtre, France Inter, 23 mars 2012. Cf. le catalogue de l’Inathèque.
Jeanne Champagne, entretiens non publiés avec Raphaëlle Doyon, Malakoff, 13 mars, 14 avril, 22 mai, 17 octobre et 6 novembre 2023.
Jeanne Champagne, entretien avec Joël Huthwohl en dialogue avec Lorraine de Sagazan, rencontre « Metteuses en scène » du cycle de conférences Femmes de théâtre du département des arts du spectacle de la BnF en partenariat avec la Société d’histoire du théâtre, BnF Richelieu, 12 février 2025.
Jeanne Champagne reçoit en 1991 le Prix Passerelles des Arts avec Denise Bonal à l’Institut de France.
En septembre 2005, elle est nommée Chevalier (Amazone) des Arts et des lettres.
En octobre 2008, elle reçoit le Prix Saint-Jean Bourdin de l’Académie du Berry pour une nouvelle lecture des œuvres de George Sand, en particulier auprès des jeunes.
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