Dictionnaire des metteuses en scène
Laurence FévrierNée le 11/04/1947, Thorigny-sur-Marne
Numéro ISNI: 0000 0000 0135 7870
Organisations ou collectifs liés: Atelier René Loyon, Centre dramatique national de Caen, Centre dramatique national de Limoges, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, Compagnie Chimène, L’Atalante, Maison de la culture de Bourges, Maison des Arts de Créteil, Paris, scène nationale de Sceaux, Théâtre Artistic-Athévains, Théâtre de l'Aquarium Paris, Théâtre de l’Épée de Bois, Théâtre de l’Escabeau, Théâtre de la Tempête, Théâtre Le Lucernaire, Université de Corte
Personnalités liées: ; Luc Ferrari, Anne Benoit, Bernard Ambérée, Brigitte Dujardin, Catherine Le Hénan, Francine Demichel, Françoise Huguet, Jean-Robert Viard, Jean-Yves Courcoux, Lydie Salvayre, Madelaine Mainier, Martine Maximin, Michel Hermon, Pascal Sautelet, Véronique Gallet, Wladimir Yordanoff
Notice rédigée par Raphaëlle Doyon
Comédienne très en vue dans le théâtre public, Laurence Février tourne au cinéma (Alain Renais, Raoul Ruiz, Steven Spielberg, etc.) et joue dans une centaine de spectacles, sous la direction de Michel Hermon, Hubert Gignoux, Antoine Vitez, Robert Hossein, Armand Gatti, Stuart Seide, Jean-Michel Rabeux, Claude Régy, Philippe Adrien, Jean-Paul Wenzel, etc. De 1980 à 2022, elle continue d’être comédienne et monte une cinquantaine de spectacles. En 1978, alors qu’elle est sollicitée par les metteurs en scène hommes les plus réputés, elle joue dans La Maison d’Ana sous la direction de Jeanne Champagne. Laurence Février s’interroge sur l’omniprésence des rôles masculins dans la littérature dramatique et sur sa condition d’interprète de grands rôles féminins (Jocaste, Clytemnestre…), presque toujours seule au milieu de nombreux comédiens. « Être actrice, c’est continuer d’être l’objet du choix masculin, j’ai voulu dire je », déclare-t-elle en 1980, quand elle crée sa propre compagnie, Chimène. Le Centre Dramatique National des Pays de Loire produit sa première réalisation Je rêve (mais peut-être que non) de Luigi Pirandello. La pièce est d’abord montée par Jean-Luc Terrade, puis par Laurence Février qui fait de l’homme un objet de désir pour la femme. En 1981, pour Michelet et sa sorcière, sa compagnie est subventionnée par la Ville de Paris et par la DRAC Île-de-France, qui poursuivra son « soutien au projet » jusqu’en 1987, puis par des conventions de deux ou trois ans jusqu’en 2022. En 1984, avec Une lune pour les déshérités, œuvre d’Eugene O’Neill qui fascina Adamov, Laurence Février sert un texte qu’elle qualifie de comi-tragédie du Connecticut où règne une fermière monstrueuse, Josie Hogan. En 1988, Laurence Février dit « oser monter après Chéreau », La Dispute de Marivaux, avec des élèves de l’école de la Maison de la Culture de Bourges.
En 1993, elle est élue représentante des Compagnies théâtrales au SYNDEAC (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles pour le spectacle vivant subventionné) ; elle est la seule femme parmi 17 directeurs de Théâtres de ville, de Scènes nationales et de Centres dramatiques nationaux, elle y est réélue jusqu’en 1996. Un de ses confrères lui rappelle : « n’oublie pas que ton temps de parole est proportionnel au nombre de zéros accolés à ta subvention ».
À partir de 1993, sa mise en scène de L’Éloge de la folie d’Érasme – jamais montée en France – tourne plusieurs années de suite, y compris à l’étranger. En 1995, elle participe aux rencontres de la Cartoucherie organisées par Philippe Adrien et joue dans La Misère du monde de Bourdieu. Cette expérience l’incite à créer un « théâtre d’actualité » travaillant sur la parole vivante et l’oralité. Elle mène des entretiens avec des habitant.es de la Goutte d’Or puis à travers la France, avec différents types de populations à qui elle pose la question : « pour vous, vivre ici, ça veut dire quoi ? » Co-produite par plusieurs structures, elle crée Quartiers Nord, Canal Briare, Limoges hors les Murs et Plateau Est. L’ensemble, Quartiers, est présenté au Théâtre de la Tempête en 2004, puis joué en France, au Festwochen de Vienne dirigé par Luc Bondy et à Moscou au Nova Drama. En 2006, Ils habitent la Goutte d’Or poursuit l’exploration de ce théâtre documentaire. En 2007, la compagnie crée le premier festival du Théâtre de l’Escabeau en Région Centre. En 2008 au Théâtre de Chaillot, Laurence Février met en voix Les Belles Âmes de Lydie Salvayre dont elle incarne la narratrice, une fable à l’humour ravageur qui dépeint une bande de touristes partis observer les pauvres d’Europe, grâce au tour operator Real Voyage. En 2009 Suzanne, une femme remarquable reproduit l’entretien que Laurence Février et Brigitte Dujardin ont réalisé avec Francine Demichel, professeure de droit public, spécialiste de la parité, mesure qui « devrait s’imposer, selon elle, pour bouleverser l’ordre patriarcal ». Après les propos dénigrants du chef de l’État Nicolas Sarkozy sur La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, Laurence Février en fait une adaptation, La passion corsetée, qu’elle joue en 2010. Elle crée en 2015, après l’affaire Strauss-Kahn, et avant le Mouvement #MeToo, Tabou, une pièce sur le viol écrite à partir de témoignages relatés dans le rapport de Véronique Le Goaziou, Le viol, aspects sociologiques d’un crime : une étude de viols jugés en cour d’assises (2011). Confrontées à la justice, cinq femmes victimes témoignent, le spectacle se termine sur la plaidoirie de Gisèle Halimi au procès d’Aix-en-Provence du 3 mai 1978. Marie-France Casalis, militante associative engagée contre les violences sexuelles et d’autres spécialistes participent au débat organisé après chaque représentation. La compagnie mène aussi des actions de sensibilisation dans les lycées et auprès de différents publics à Paris et en Île-de-France. Après les attentats du 13 novembre 2015 et la lecture du Traité sur la tolérance, Laurence Février écrit et monte en 2017 au Théâtre de l’Épée de Bois, Je suis Voltaire…, une pièce sur ce qui reste de son esprit critique, sur son amour pour Émilie du Châtelet et son combat contre le fanatisme et l’Inquisition. En 2019, celle qui a joué Aricie avec Michel Hermon et Andromaque avec Antoine Vitez, monte Bérénice/fragments en confiant les rôles principaux (Antiochus, Titus, Bérénice) à des actrices. Enfin avec Antigones 2020, elle adapte la pièce de Sophocle et met en regard l’interdiction de l’État d’accompagner les morts lors de la pandémie du Covid 19 et celle faite à Antigone d’enterrer Polynice il y a 2500 ans. De 2018 à 2022, elle fait de l’émotion un objet de recherche littéraire et scientifique, et propose des rencontres interactives avec le public sur la question des émotions.
En dehors des créations, la compagnie Chimène assure régulièrement des reprises de spectacles en tournées en France et à l’’étranger : Monaco, Russie, Chili, Autriche, Pologne, etc., des cycles de lectures d’auteurs (Michel Vinaver, Crommelinck, Zamina Mircevska, Flaubert, Proust, etc.) des actions auprès de public enfants et adolescent.es, des ateliers de recherche avec des professionnel.le.s du spectacle, et des stages avec des enseignant.es.
Raphaëlle Doyon, avec la collaboration de Laurence Février.
Laurence Février, entretien réalisé par Dominique Nores, « L’actrice est une personne qu’on pygmalise », ATAC Informations, n°92, mars 1978, p. 36-38.
Jean-Pierre Léonardini, « La mise en scène est un art bisexuel (Laurence Février et Jean-Luc Terrade) », ATAC informations, n°113, décembre 1980, p. 24-27.
Armelle Héliot, « L’ogresse et la sorcière : éternels féminins », Le Quotidien de Paris, 18 avril 1982.
Dominique Poncet, « Les frissons de Février », Télérama, n°1729, 2 mars 1983, p. 134.
Patrick de Rosbo « Le Petit-Odéon : Jocaste de Michèle. Laurence Février, le feu à vif », Fabien, Comédie Française, n° 116, 10 février-10 mars 1983, p. 23.
Armelle Héliot, « Une lune pour les déshérités : une farce d’O’Neill qui tourne mal », Le Quotidien de Paris, 9 janvier 1984.
Michel Cournot, « Hosanna de Michel Tremblay. Ni plus ni moins s’aimant », Le Monde, 26 novembre 1986.
Odile Quirot, « A Sceaux Des Françaises de Michèle Fabien. Le théâtre comme livre d’histoire », Le Monde, 18 mars 1989.
Sabine Quiriconi, « Seuls en scène – 1. Philippe Caubère, Jean-Quentin Châtelain, Laurence Février » [sur L’Eloge de la folie], Théâtre / Public, n° 106, juillet-août 1992, p. 71-76.
Molly Grogan, « Curtain rises on Paris’ summer theater… Eve’s Daughters in French and in English », The Paris free voice, juillet-août 1997.
Armelle Héliot, « Historique. Les pas de Mérimée », Le Figaro, vendredi 18 août 2000.
Pierre David, « Paris aux poètes », Réforme, n° 2943, 6-12 septembre 2001.
Maïa Bouteilllet, « Une pièce documentaire inspirée par les habitants d’une commune du Centre. Canal-Briare : la vraie vie devant soi », Libération, 12 septembre 2003.
Martine Silber, « Portrait en mots du quartier de la Goutte-d’Or. Pari réussi pour le théâtre documentaire de Laurence Février, au Lucernaire, à Paris », Le Monde, 19 septembre 2007.
Jean-Pierre Léonardini, « La chronique théâtrale. La tragédie à bout portant » [sur Les Belles âmes], L’Humanité, 11 février 2008.
Brigitte Salino, « Laurence Février et son théâtre-document, seule sur scène pour dire la parole reçue. Au Lucernaire, la comédienne devient Francine Demichel, universitaire engagée », Le Monde, 28 août 2009.
Véronique Hotte « Le viol est un crime, Messieurs ! », La Terrasse, n°201, septembre 2012.
Gérald Rossi, « À la rencontre de Voltaire depuis son fauteuil », L’Humanité, 3 avril 2017
Laurence Février, « Antigone 2020 de Laurence Février, sceneweb.fr, mai 2020, consulté le 26 janvier 2026. URL : https://sceneweb.fr/antigones-2020-de-laurence-fevrier/
Carla Aleo, Déclinaisons féminines de la figure d’Antigone dans le théâtre français et italien du XXIe siècle, thèse de doctorat en cotutelle avec l’Université Toulouse Jean Jaurès, en Langue, littérature arts et civilisation italiens, sous la direction de Margharita Orsino et Cettina Rizzo, soutenue à l’Università degli Studi di Catania le 12 décembre 2025.
Textes des pièces publiés
Laurence Février, Suzanne : une femme remarquable, Paris, L’Harmattan-Lucernaire, 2009.
Laurence Février, Tabou. Avec la plaidoirie de Gisèle Halimi à la cour d’assises d’Aix-en-Provence le 3 mai 1978, Paris, L’Harmattan-Lucernaire, 2012.
Laurence Février, entretien non publié avec Raphaëlle Doyon, Paris, 14 décembre 2023.
Nombreuses émissions de radio sur France Inter, France culture et des radios régionales : Lien INA
Le Prix Adami 2015 est décerné à Laurence Février pour le travail qu’elle a réalisé dans la Compagnie Chimène. Le communiqué de presse précise : « Pour la première fois une femme est récompensée en tant qu’interprète et metteure en scène. Laurence Février a accompli depuis des années un travail de création original et engagé comme en témoigne son spectacle Tabou ».
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